Signé en novembre 2015, l’Accord de Paris sur le climat intègre « les droits des femmes » notamment sur l’égalité entre homme et femme.

Pour en parler Idiatou CAMARA a rencontré une militante des droits des femmes pourtant qui ne veut pas que l’on l’attribue le qualificatif ‘’féministe’’. Dr Cécile DUCLAUX-MONTEILOTT, c’est son nom. Titulaire d’un Doctorat en Droit de l’Environnement obtenu à l’Université Jean Moulin, Lyon 3, elle est Coordinatrice de recherches au Centre d’Etudes Juridiques Africaines de Genève (CEJA) également, chargée de cours auprès de plusieurs universités africaines et du Maghreb.

Sur ce que prévoit l’Accord de Paris en matière de droits des femmes notamment celles se trouvant en Afrique et considérées comme les « grandes victimes » du phénomène du dérèglement climatique et sur le parcours de cette juriste militante, pas comme les autres, avec un caractère déterminé et engagé, lisez l’entretien suivant :

Idiatou CAMARA : Quelles sont les implications juridiques de l’Accord de Paris sur les droits des femmes ?
Dr Cécile DUCLAUX-MONTEILOTT : Je dois d’abord me féliciter de cet Accord car, c’est le premier accord universel sur le climat. D’autre part, il prend en compte les droits des femmes notamment, l’égalité de l’homme et de la femme et l’autonomisation des femmes.

Mais en quoi cet Accord est-il différent des autres ?
Comme je l’ai dit plus haut, il est le premier texte élaboré par presque l’ensemble des pays de la planète. Il est différent des autres parce qu’il met en place un mécanisme de transparence. Donc, nous espérons que les Etats signataires, en donnant leurs contributions nationales pour la mise en œuvre de l’Accord dans un fonds appelé « fonds vert », tiendront compte des femmes. C’est vrai qu’il n’y a pas de prisons pour les Etats mais, il y a une pression politique qui indexera les pays « réfractaires » comme n’appliquant pas les Accords internationaux ; et c’est également, une porte ouverte pour la Société civile de dénoncer ces pratiques. Donc, pour tout cela, nous pensons que cet Accord est très important aussi bien pour les droits des personnes que pour ceux des femmes, en particulier.

Vous défendez les droits des femmes mais, vous ne voulez pas que l’on vous appelle « féministe » ?
[Sourire….] Vous savez, le problème, c’est que chaque fois qu’une femme prend la parole en Afrique particulièrement et même en Europe où je vis pour défendre les droits des femmes, on pense que c’est une femme aigrie, rebelle donc, c’est pour casser cette image de « femme féministe », que j’ai voulu leur dire que je ne suis pas cette femme, mais je défends les femmes, les pauvres, porte leur voix tout simplement. C’est à juste titre que je cite mon travail de thèse orienté sur les droits procéduraux et substantiels des communautés locales et autochtones sur la question de la gestion des ressources naturelles. On peut penser que c’est plus facile pour vous, étant en Occident, de parler de droits des femmes et d’élever le ton.

Oui, c’est vrai je suis en Occident, mais avant de partir j’étais au Cameroun et je travaillais sur les droits des femmes. J’ai longtemps milité dans des ONG de femmes ; il y avait un programme que l’on appelait à l’époque des « GIC », c’est-à-dire des Groupes d’Intérêt Commun. C’étaient des femmes rurales. Donc, j’ai compris assez tôt les difficultés des femmes bien avant de partir de l’autre côté.

Aujourd’hui, les mentalités évoluent en Afrique. Les femmes sont de plus en plus présentes dans les instances de décision ; elles sont aussi dans l’entreprenariat et l’informel. Mais, toujours est-il, d’autres restent encore à attendre tout de leur maris ou de leurs petits amis. A elles, votre message.

Oui, c’est vrai mais, vous savez il y a des femmes, malgré leur volonté de vouloir s’affirmer, d’être autonomes, ne parviennent pas à voir le bout du tunnel. Les situations sont différentes selon l’environnement dans lequel elles vivent. Mais, à ces femmes, je dis : n’acceptez pas de dépendre d’un homme, de qui que ça soit. Libérez-vous de ce poids, ne vous laissez pas ensevelir par les traditions ou les coutumes néfastes.

Avec ces propos, n’est-ce pas, vous leur apprenez à être rebelles ; non ?
[Sourire…] Non, pas du tout. Je ne leur apprends pas à être rebelles mais à creuser au fond de leurs tripes ; cette lumière, ce courage qui les boostera. Cependant, je ne dis pas qu’il faut être irrespectueux de leurs maris ou de leurs aînés mais, de se prendre en charge. Dans la vie, cela est très important.

Mariée ? Avec des enfants ? J’aimerais bien savoir comment ça se passe à la maison avec tous ces diplômes, sans oublier, ce caractère que je trouve de rebelle en vous ?
[Large sourire…] J’ai un mari et un fils et nous sommes très heureux.

Qu’avez-vous retenu de ce second Colloque international sur le droit de l’Environnement en Afrique ?
Beaucoup de choses. Déjà, je suis très contente de voir que la question du changement climatique est prise en compte même si c’est à des degrés différents selon les pays. Il y a une nette prise de conscience. Il y a des efforts qui sont fournis. Je regarde le Maroc qui est presque sur le chemin de la ratification. Il est en train de voir comment élaborer sa contribution nationale. Tout cela impressionne puisqu’il ne faut pas l’oublier, le climat, c’est l’affaire de tous.

Pour votre Afrique particulièrement, que souhaitez-vous dans ce sens ?
Que l’Afrique ne se mette pas en arrière pour cette fois. Qu’elle arrête de se victimiser, qu’elle prenne, comme on dit, le taureau par les cornes. Que l’Afrique soit pionnière sur ce dossier aussi bien pour le continent que pour la planète toute entière puisque c’est elle qui ressent véritablement le poids, qui subit les effets du changement climatique. Elle en a les moyens et les ressources humaines pour y arriver.
Idiatou CAMARA : Merci, Dr Cécile DUCLAUX-MONTEILOTT
Dr Cécile DUCLAUX-MONTEILOTT : c’est moi qui vous remercie pour votre sens de la curiosité. C’est aussi ça, le combat de la femme pour son affirmation.

Entretien réalisé par Idiatou CAMARA pour radio-kankan.com

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