M. N’Diaye, après plusieurs années de rebondissement, Rio Tinto a annoncé son retrait du projet Simandou. Une décision étonnante quand même ?
Non, pas du tout ! Ce n’est pas du tout une décision étonnante pour nous membres de l’Association des journalistes pour la transparence dans les industries extractives et économiques (AJTIE). Vous savez, il y a belle lurette, nous attendions ce moment important de l’annonce officielle de cette décision sournoise et qui résulte des manœuvres frauduleuses de la part de Rio Tinto, qui n’a fait que tromper les autorités guinéennes et faire endormir les décideurs de tout un peuple. Depuis 1996, cette société a fait toute sorte de manies pour retarder le développement du processus tendant à débuter l’exploitation du minerai de fer guinéen. Comme vous me posez la question, alors, je dis et j’assume que ce retrait devrait permettre à la Guinée de poursuivre cette compagnie devant la cour arbitrale pour gèle de titre et superficie pendant près de deux décennies, et poursuivre tous les cadres malsains qui ont eu à soutenir cette fameuse société et à berner la première autorité du pays au sujet du code minier de 2011.
Certains observateurs soulignent que Rio Tinto n’a jamais eu l’intention de développer ce projet. Qu’en pensez-vous ?
C’est une évidence. Sinon comment expliquez-vous que l’on puisse garder un gisement d’aussi grande importance et surtout de classe mondiale comme le Simandou pendant près de deux décennies. Cherchez avec moi cher confrère, à jeter un regard rétrospectif sur le parcours de Rio Tinto en Guinée. Je pense que vous trouverez que notre pays n’a fait que perdre des occasions avec la présence de cette société sur le sol guinéen. Si nous essayons de faire une rétrospective avec l’avènement de Rio Tinto dans l’industrie minière en Guinée, nous verrons que cela a permis à la Société financière internationale (SFI), une filiale de la Banque mondiale, de se faire octroyer gratuitement 5% et faire des ventes d’actions à Chinalco et sa filiale Chalco avec une manne financière qui avoisine les 4milliards de dollars US. Il est clair aujourd’hui que l’humanité toute entière donnera raison à feu le général Lansana Conté. Ainsi qu’à son secrétaire général à la présidence, Sam Mamadi Soumah. Mais aussi et surtout à son ancien Premier ministre Dr Ahmed Tidiane Souaré, tout comme à l’ancien ministre des Mines et actuel gouverneur de la Banque centrale, Dr Lounceny Nabé. Sans oublier le capitaine Moussa Dadis Camara, l’ancien ministre des Mines Mahmoud Thiam, le général Sékouba Konate et son ancien ministre d’Etat, ministre secrétaire général à la présidence le journaliste Tibou Kamara, qui ont chacun eu le courage de valider le retrait des blocs 1 et 2 du Simandou Nord des mains de cette multinationale, et de lui mettre de la pression pour développer son projet du côté de Beyla pour le bien des parties prenantes du projet. C’est le moment d’ailleurs de rendre un vibrant hommage à Dr Lounceny Nabé, cet homme qui a fait éviter le procès du siècle à notre cher pays bien qu’il ait été accusé par les anti-guinéens d’avoir été corrompu par BSGR, chose dénudée de tout sens. A moins qu’on soit dupe pour ignorer les différentes péripéties qui ont prévalu à l’obtention du titre minier que possédait cette société sur les 4 blocs de Simandou. Souvenez un moment quand Rio Tinto se disait être propriétaire d’une concession minière sur l’ensemble du mont Simandou par le biais de certains guinéens rusés appelés consultants à la solde de cette compagnie.
Avec l’avènement du président Alpha Condé au pouvoir, les dirigeants de Rio Tinto ont tout orchestré pour empêcher la junior BSGR de sortir le fer guinéen sur le marché international. Rio Tinto a actionné les grands lobbys américano-anglais, les personnalités influentes et les ONG de lutte contre la corruption pour faire charger la société du richissime franco-israélien. Vous connaissez le résultat. C’était tout juste pour obtenir le gèle du Simandou.
En tant que spécialiste, peut-on développer le Simandou sans Rio Tinto ?
Bien sûr que oui. On peut développer le Simandou sans la multinationale Rio Tinto. La preuve est que la junior BSGR avait seulement fait 3 ans de recherches sur les blocs 1 et 2 de Simandou et elle avait trouvé des réserves plus importantes que ce que Rio Tinto a montré à l’Etat guinéen. Pourtant, BSGR était sur le point d’exploiter son gisement. Très malheureusement, les faux consultants du projet Simandou sud se sont précipités pour venir raconter des ragots au premier magistrat du pays le Pr Alpha Condé. Je pense que la Guinée va devoir retirer les blocs 3 et 4 des mains de Rio Tinto et faire un appel d’offres international pour son développement futur. Une société sérieuse n’attend point un grand nombre d’années pour passer de la phase d’exploration à la phase d’exploitation. Si vous voulez la preuve, allez-y savoir ! Il y a une société minière dont le promoteur est un entrepreneur local et qui fait des miracles aujourd’hui du côté de Boké. Cela, en l’espace de deux ans seulement et cela a permis à la Guinée d’engranger des bénéfices. C’est cela une société et un promoteur minier sérieux.
Il y a un acteur qui avait été éjecté des deux autres blocs, il s’agit de BSGR, est-ce que selon vous cette société pourrait revenir après le retrait de son concurrent Rio Tinto ?
Cela reste et demeure à la discrétion du Pr Alpha Condé et du gouvernement Mamady Youla. Mais, si mon avis comptait, j’aurai conseillé de faire arrêter le processus d’arbitrage qui est engagé du côté du CIRDI et le bras de fer entre l’Etat guinéen et la société BSGR afin d’éviter le pire sur le Simandou. Un bon procès ou un mauvais procès appelle toujours au paiement d’honoraires à des avocats, au paiement des amendes en dollars ou en euros. Alors, pourquoi continuer à faire ces saignements financiers sur le dos d’un peuple qui est au seuil de la pauvreté ? Je pense qu’il n’est pas trop tard pour que l’Etat guinéen et la société BSGR se mette sur la table de négociation pour trouver un dénouement heureux à cette crise qui n’a fait que trop durer.
Quelles leçons peut-on tirer de cette affaire ?
C’est la Guinée qui a perdu et c’est vraiment dommage que des hauts cadres guinéens avec pour rang de ministre aient accepté de trahir toute la nation et tout le peuple guinéen moyennant des billets verts. La seule chose que la Guinée a bénéficié du projet Simandou sud, c’est la maigre somme de 700 millions de dollars US que Rio Tinto a payé à titre de pénalités. Et cette pénalité doit son explication au gèle que la société a faite sur les titres miniers. Comme le dirait l’autre, attendons de voir les dernières cartes du président Alpha Condé, puisque le gouvernement Mamadi Youla semble ouvert les yeux avec l’attitude officielle démasquant Rio Tinto dans le Simandou à travers un communiqué.
En tout cas, Rio Tinto et son partenaire Chinalco ont bénéficié de plus de 4,2milliards de dollars US après avoir été contraints de payer les 700millions de dollars US à la Guinée. La Guinée n’a que ses yeux pour pleurer le départ de Rio Tinto du projet Simandou sud, elle peut relancer les négociations avec BSGR et VALE si elle le veut.
Par ailleurs, il faut noter que c’est fort probable que Rio Tinto passe la main à Chinalco ou à l’Etat chinois pour la réalisation de ce projet Simandou sud. Nous attendons impatiemment la réaction de nos élus locaux sur ce sujet, comme ce sont eux qui ont ratifié l’accord-cadre avec son rêve de 20 milliards de dollars pour la réalisation du projet Simandou.
Votre mot de la fin : Je crains pour la future génération !
Merci !
C’est à moi de vous remercier !
Cordialement
I. N’Diaye


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