Presidentielle ivoirienne 2020: Voici pourquoi l’ONU s’inquiète après les propos de Ouattara | Radio-kankan
September 17, 2019

Quelle lecture doit-on faire de la déclaration du Représentant spécial de l’Onu pour l’Afrique de l’Ouest, Dr Mohamed Ibn Chambas, reçu, mercredi, par le président de la République, Alassane Ouattara, et celui du PDCI-RDA, Henri Konan Bédié ?

« Nous avons abordé différents sujets d’intérêt national et régional. Nous avons notamment échangé sur la prochaine échéance électorale et la nécessité de tout mettre en œuvre pour que les élections se déroulent d’une manière pacifique, libre et transparente. En outre, Il est important que tous les acteurs soient associés à l’effort de consolidation de la paix et de la démocratie afin de permettre aux Ivoiriens de vivre ensemble dans la paix et la prospérité », a déclaré le Représentant de l’Onu Dr Mohamed Ibn Chambas au sortir d’une audience avec le président du Pdci-Rda.

Des propos similaires ont été également tenus sur le perron du palais de la présidence de la République le même mercredi au terme d’une audience avec le président Ouattara. Ibn Chambas ajoutera que tout doit être mis en œuvre pour que « la prochaine échéance présidentielle soit un franc succès»

A écouter cette brève déclaration écrite et lue aux deux personnalités ivoiriennes par le Représentant spécial des Nations unies pour l’Afrique de l’Ouest, l’on s’aperçoit que l’institution onusienne est parfaitement informée des tensions qui couvent autour de la question de la prochaine élection présidentielle en Côte d’Ivoire. Et ce, à moins d’un an et demi de ladite échéance et qu’elle (Onu) s’en inquiète là où le Chef de l’Etat semble afficher une surprenante assurance et quiétude lorsqu’il affirme que « tout se passera bien et qu’aucun désordre ne sera toléré ».

LA MISE EN GARDE DU PRÉSIDENT OUATTARA
Cette montée de tensions sur le front sociopolitique en Côte d’Ivoire se matérialise par la querelle faite au président Bédié pour avoir dénoncé la présence d’orpailleurs clandestins armés, dont des étrangers, dans les forêts ivoiriennes. De même que les tentatives de fraude sur la nationalité ivoirienne par des individus véreux qui bénéficient de la complicité de certains nationaux, en tirant des dividendes de toutes natures. L’on n’oubliera surtout pas la guéguerre entre l’opposition et le pouvoir autour de la réforme de la Commission électorale indépendante (Cei) à l’origine de plusieurs crises en Côte d’Ivoire ces dernières années.

Recevant les sénateurs Rhdp lundi, Alassane Ouattara disait ceci : « La présidentielle de 2020 et les autres élections qui suivent, se tiendront aux dates indiquées. Ces élections se tiendront et il n’y aura rien. Arrêtons de nous faire peur. Il n’y aura rien en 2020. Il n’y aura aucun désordre parce qu’un désordre ne sera pas toléré ». A la vérité, le souhait de tous est qu’il n’y ait aucun désordre en Côte d’Ivoire. Mais les propos du président a tout d’une mise en garde à l’opposition.

L’APPEL DE KONÉ TEIFOUR AUX OPPOSANTS
La meilleure réponse à cette mise en garde présidentielle viendra du vice-président du Raci, Koné Teifour, qui fait remarquer : « Le premier commentaire que je fais par rapport à cette sortie du chef de l’Etat, c’est que, en tant qu’opposant, Ouattara s’est battu pour changer l’offre politique en Côte d’Ivoire. Le même Ouattara, au pouvoir, ce n’est pas à lui de demander à ses opposants de se battre. Les opposants doivent se souvenir de la voie que Ouattara, lui-même, a tracée pour lutter contre les régimes successifs et accéder à la magistrature suprême. C’est la même voie que les opposants doivent emprunter ».

En outre, ajoute Koné Teifour : « Est-ce que le président de la République, dans l’opposition, quand les pouvoirs menaçaient et réprimaient les manifestations du Rdr, demandait à ses militants de laisser tomber et de rentrer à la maison ? Donc les opposants doivent s’inspirer de ce modèle. En tant qu’ex-militant du Rdr, j’ai appris avec Ouattara que la victoire ne se donne pas. Elle s’arrache. Et je demande à l’opposition de prendre toute sa place. L’opposition ne regarde pas les menaces et les injonctions du pouvoir. Elle doit jouer son rôle de contre-pouvoir ».

L’OPPOSITION FACE À PLUSIEURS INTERROGATIONS
Voilà qui est clair et qui nous donne raison lorsque, dans une précédente analyse parue dans Le Nouveau Réveil du samedi 22 juin 2019, nous dénoncions l’indolence et la mollesse de l’opposition ivoirienne. Qui laisse le champ trop libre au pouvoir qui profite de ce manque de dynamisme en face pour s’installer dans une sorte de je-m’en-fichismeen foulant aux pieds les desiderata de l’opposition.

A preuve, la cruciale question de la réforme de la Cei a été débattue dans une ambiance de ruse de la part du pouvoir au point où le Premier ministre annonce la fin des négociations alors que les opposants semblent encore vouloir négocier sur les points de désaccord. D’ailleurs ces derniers rounds des négociations se sont déroulés sans le Pdci et ses compagnons de la plateforme non idéologique.

Que vont -ils faire à présent ? Refuser d’aller aux prochaines élections tant que leurs préoccupations ne sont prises en compte ? Ou bien accepter d’y aller avec une Cei aux ordres comme cela semble se profiler à l’horizon ? Car c’est à cela que le gouvernement expose à nouveau la Côte d’Ivoire avec le refus d’opérer une réforme en profondeur qui confère à cette institution, capitale dans l’organisation des élections, toute son indépendante et son impartialité ?

MONSIEUR LE PRÉSIDENT, DE QUEL DÉSORDRE PARLEZ-VOUS ?
Lorsque le président Ouattara parle de désordre qui ne sera pas toléré, l’on est en droit de se demander de quel désordre parle-t-il ? S’agit-il du désordre qui consiste, pour des militants du parti au pouvoir, à empêcher les autres d’aller voter ? Est-ce le désordre qui consiste à casser les urnes là où ces mêmes militants ne sont pas sûrs de gagner ? Ou bien le désordre qui consiste à faire irruption dans les salles de dépouillement pour semer la zizanie et brutaliser les agents commis à la tâche ?

Monsieur le président, de quel désordre parlez-vous ? De la pratique qui consiste à tronquer les suffrages des électeurs, dans les instances de la Cei, pour proclamer de faux résultats ? Savez-vous que lors des dernières élections municipales, près de 7000 électeurs supposés proches du candidat Pdci-Rda à Grand-Bassam ont été empêchés de voter et que malgré cela, les résultats ont été proclamés en faveur du candidat du Rhdp dont les partisans ont causé cette désolation au vu et su des forces de l’ordre ?

LE PARTI PRIS EMPÊCHE DE RENDRE DE BONS JUGEMENTS
Y a-t-il pire désordre que cela ? Et dire que personne de tous ceux qui ont causé ces préjudices n’a été inquiété ! C’est cela le vrai désordre dans un Etat dit de droit. La liste est bien longue et ceux qui sont à l’origine du désordre auquel vous faites allusion ne sont pas ceux que vous croyez. Hélas !

Car que des citoyens, qui se voient spoliés de leurs suffrages, manifestent pour protester contre cette forfaiture, en quoi cela peut être qualifié de désordre surtout que le droit de manifester est consacré par la Constitution ? Entre celui qui manifeste contre la fraude et des résultats électoraux tronqués et celui qui commet cette fraude et tronque les résultats, qui sème le désordre ?

Dommage que le parti pris, à des fins de préservation d’intérêts partisans, nous empêche trop souvent de rendre de bons jugements qui sauvent notre honneur et garantissent le bon fonctionnement de la communauté. Du coup, nous nous rendons complices des indélicats. Dont la société n’a que faire.

ABEL DOUALY
Source: www.afriksoir.net

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