Les dix ans de la libéralisation de l’espace audiovisuel guinéen ont été célébrés le samedi 20 août dernier à Conakry, précisément au siège de l’Union des radios et télévision libres de Guinée (URTELGUI). Une décennie après, quelques principaux acteurs de cet acquis tirent le bilan. Dans les lignent qui suivent, Naby Youssouf Kiridi Bangoura, Boubacar Yacine Diallo, Bah Oury, Sanou Kerfalla Cissé s’expriment sur la question.

Naby Youssouf Kiridi Bangoura, ministre conseiller à la Présidence de la République :

« Disons que l’URTELGUI nous a invités aujourd’hui pour célébrer les 10 ans de la libéralisation de l’espace audiovisuelles en Guinée. Nous sommes très heureux d’être là, parce que ça été un combat de tous pour que la liberté d’expression se concrétise à travers les ondes. je dois dire que cette émission nous a permis avec mon frère Yacine Diallo de restituer le contexte mais aussi les schémas que nous avIons mis en place pour que le pays puisse bénéficier de cette liberté qui permet non seulement de voir aujourd’hui l’existence d’une cinquantaine de radios et une demie douzaine de télévisions, mais aussi et surtout de découvrir la parole citoyenne, de permettre au Guinéens de s’exprimer, de débattre et en français et dans toutes les langues nationales. Je crois que ces 10 premières années méritent aussi que des leçons soient tirées pour bien baliser les 10 prochaines années… Je crois que comme une association aussi puissante que l’URTELGUI existe, l’Etat dans ces composantes concernées est prêt à discuter pour voir:

1-Comment viabiliser les entreprises de presse. Parce que ce sont des entreprises comme toute autre entreprise. Nous voulons créer de l’emploi pour les jeunes, pour les femmes, mais nous oublions que les radios sont des entreprises qui emploient des journalistes, des techniciens. Tout ce monde doit pouvoir bénéficier de garantie, de croissance. Pour cela, il y a plusieurs pistes. La subvention existe déjà, les échanges de services en terme de communication institutionnelle comme mon frère Yacine l’a dit. Mais il y a aussi et surtout de considérer l’entreprise Radio comme toute autre entreprise. Donc, lui faire bénéficier de tous les avantages en termes d’appuis…»

Boubacar Yacine Diallo, patron de presse, ancien ministre de l’information et ancien président de l’URTELGUI

« Je voudrais commencer par dire qu’il y a 10 ans, lorsque le ministre Kiridi Bangoura présidait le conseil interministériel et moi de la commission technique de rédaction des textes de la libéralisation des ondes, nous ne pouvions pas croire que 10 ans après, il y aurait autant de radios. Nous étions suffisamment pessimistes même si la volonté politique de libéraliser était là. Aujourd’hui, nous nous réjouissons qu’il y ait une cinquantaine de radio et télévision privées qui émettent. C’est un plaisir pour nous, mais, en même temps, nous pensons aux défis et comme l’a dit le ministre Kiridi, tout le monde doit considérer les radios comme des entreprises de presse et non pas des adversaires, encore moins, des ennemis, mais des partenaires. Parce que souvent la presse dénonce ce qui ne va pas et quand vous dénoncez, les gens pensent que vous êtes contre le pouvoir. Mais il faut que la presse prenne l’habitude de dire ce qui va. Il y a des traditions dans d’autres pays, c’est ce qu’on appelle couramment ‘’la communication institutionnelle’’. Le gouvernement verse de l’argent aux entreprises de presse sans distinction. Et le gouvernement communique sur des questions de développement sur les medias, dans la presse. Qu’elle soit écrite ou en ligne. Lorsque j’étais président de l’URTELGUI, nous avions porté ce cahier de doléances au chef de l’Etat. J’invite le président Sanou Kerfalla Cissé qui a pris ma place à poursuivre ce combat-là, pour que nous puissions enfin faire de la presse de véritables entreprises. Nous souffrons parce que des journalistes travaillent sans qu’ils soient payés et cela n’est pas possible. Il faut l’arrêté… »

Bah Oury, homme politique (UFDG),

« C’est un anniversaire qui me vas droit au cœur puisque c’est une occasion pour rendre hommage à quelqu’un qui s’est battu pour que cette libéralisation des ondes soit effective. Il s’agit du doyen Bâ Mamadou qui n’est plus là aujourd’hui. Le 18 septembre 2004, nous avons organisé une marche pour exiger la libéralisation immédiate des ondes dans notre pays. Ce jour, il y avait des personnes, certaines sont aux affaires, d’autres dans l’opposition d’aujourd’hui, qui ont contribué à réprimer cette manifestation avec des gaz lacrymogènes. Ceci dit, ça fait partie d’une conquête démocratique. Je pense que 10 années après, un travail important est fait. Il faut s’en féliciter, mais il faut beaucoup de choses encore à faire. Si la libéralisation des ondes était intervenue un peu plus tôt, la Guinée aurait aurais évité les affres des périodes tumultueuses des années 2005-2006-2007-2008 et le processus politique aurait été beaucoup plus conséquent, beaucoup plus solide. Mais ceux qui ont contribué à retarder la libéralisation des ondes ont de ce point de vue une responsabilité dans ce qui est arrivé. Notamment, le retard que le pays a connu sur le plan politique… »

Sanou Kerfalla Cissé, patron de presse, Président de l’URTELGUI

« Les exactions contre les journalistes sont une réalité en Guinée. Au niveau de l’URTELGUI, dans les jours à venir, nous allons lancer les états généraux de l’audiovisuel privé dans notre pays. Ce sera l’occasion pour l’ensemble des professionnels de la communication d’interpeler les pouvoirs publics sur cet autre pan traumatisant aujourd’hui de la presse dans son ensemble. Nos journalistes sont souvent victimes de bastonnades, de brutalité, de tuerie. A l’occasion des états généraux nous allons interpeller les forces de l’ordre et de sécurité sur ce mal qui affecte souvent la bonne marche de nos activités notamment dans le cadre précis de la collecte de l’information. Nous allons aussi organiser des formations avec les partis politiques pour que nos journalistes puissent être protégés dans l’exercice de leur fonction. Un journaliste n’est pas un opposant, un journaliste n’est pas un espion, un journaliste n’est pas un militaire, un journaliste est un citoyen tout court. Sa mission est d’informer. Il constitue une sorte de croix entre le pouvoir public et la population. Au cours de ces états généraux, nous allons mettre sur la table tout ce qui peut rentrer dans la protection des journalistes au cours de l’exercice de leur métier… Le second point que nous allons débattre toujours dans le cadre de la protection des journalistes, portera sur leur identification. Des gilets seront confectionnés pour les journalistes pour qu’ils soient facilement identifiables une fois sur le terrain. Cette identification permettrait aux hommes de medias d’exercer librement leur métier pendant les événements politiques…

Nous allons demander également à la Haute Autorité de la Communication (HAC) de mettre rapidement en route la délivrance des cartes d’identité des journalistes professionnels. Parce qu’il faut aujourd’hui valorise cette carte professionnelle des journalistes qui constituent en quelque sorte un passeport pour les journalistes…

Du côté des journalistes, il faut qu’ils prennent leur responsabilité. Il faut qu’ils se mettent à l’abri pour ne pas être victimes de bastonnades. Dans n’importe quelle activité publique si les forces de sécurité vous disent que vous ne rentrez pas ou les organisateurs vous disent que vous ne rentrez pas, puisque vous n’êtes pas des justiciers, retournez-vous à votre rédaction et dites qu’on vous a refusé l’accès. Ça va éviter certains problèmes…

La libéralisation de l’espace audiovisuelle privée en Guinée a permis de résorber un peu le chômage, quand vous prenez les membres de l’URTELGUI, ils emplois au minimum 1000 jeunes. Dans chaque famille, dans chaque ménage en Guinée, une seule personne peut supporter en moyenne trois ou quatre personnes… »

Sabari fm

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