Dr Ousmane Kaba, ancien ministre de l’économie, des finances et du plan du Gouvernement Sidya Touré (1996-1997), ancien allié du Pr. Alpha Condé, député à l’Assemblée nationale et leader du parti des démocrates pour l’espoir (PADES), au cours de son meeting le samedi 20 mai 2017 à Bruxelles, n’a laissé aucune place pour le moindre doute quant au positionnement politique de son parti dans l’arène politique guinéenne. Il a renvoyé la mouvance présidentielle et l’opposition dos à dos. Profitant de l’occasion, l’orateur s’est aussi prononcé tour à tour sur la question du troisième mandat Pr. Alpha Condé, son alliance avec ce dernier lors de l’entre deux tours en 2010, sur le fameux budget de 500 millions de FG alloué à Cellou Dalein Diallo, leader de l’UFDG et chef de file de l’opposition, sans oublié l’échec du gouvernement de Sidya Touré entre 1996-1197. Dr Ousmane s’est vertement attaqué aussi à l’honorable Claude Kori Koundiano, président de l’Assemblée Nationale qu’il a qualifié de  » la personne la plus opaque  » Un décryptage de www.lexpressguinee.com
Positionnement politique du PADES
«Nous ne sommes ni de l’opposition, ni de la mouvance présidentielle, nous sommes de la Guinée. Pour deux raisons: en Guinée actuellement ce qu’on appelle opposition et mouvance sont devenues de vraies prisons. Personne n’a droit à la parole, personnes n’a droit à une différence d’opinions. Dès que vous dites quelque chose qui est contraire à l’opinion générale, vous êtes expulsé, aussi bien dans la mouvance présidentielle que dans l’opposition. Moi-même j’ai été expulsé de la mouvance présidentielle pour divergence d’opinions. Mais comme mon souhait est de prendre des jeunes qui ne sont dans aucune structure, c’est un parti de jeunes, je ne vais pas commencer à enfermer les jeunes avant même qu’ils ne commencent la politique. Moi je suis un universitaire, j’aime que les jeunes viennent dire ce qu’ils ont envie de dire, qu’ils aient tort ou raison, là n’est pas la question. il faut les laisser s’exprimer et puis vous discutez. Mais si chaque fois que vous dites un mot mal placé, vous êtes expulsé et chassé. Est-ce que c’est la peine d’être dans ce carcan maintenant. Donc ce n’est pas une question de positionnement politique, c’est une question d’intolérance. En Guinée actuellement, le mouvance présidentielle est intolérante, l’opposition est intolérante. Chaque fois que quelqu’un parle dans un camp ou dans l’autre, il est expulsé du parti.

Le PADES est un parti en formation. Il n’est même pas encore structuré. Et là, c’est l’occasion pour moi de vous parler de la stratégie d’implantation du PADES. Dès le départ nous avons dit ceci: Le PADES va être implanté en trois étapes. La première étape est de sensibiliser les gens, leur dire voilà ce que nous voulons, voilà notre vision. Nous voulons qu’on soit accompagné par toutes forces vives de la Guinée. C’est ce qu’on est entrain de faire maintenant, expliquer l’origine du parti, expliquer les priorités du parti, notamment dire que c’est parti à caractère économique. C’est pour sortir la Guinée de la misère. Ce n’est pas pour faire de la politique politicienne. Où on est jamais d’accord, chacun s’invective, il y a trop de haine. Nous on est pas avec de la haine, on aime tous les guinéens. On ne va pas rentrer dans la haine, il y a trop de haine dans la politique de Guinée. Tout le monde a perdu l’objectivité. On est de la mouvance, tout ce que l’opposition dit, on est contre. On est de l’opposition, tout ce que la mouvance dit, on est contre. Donc, il n’y a plus d’objectivité. C’est pourquoi on a dit dès le départ que chaque fois le que le gouvernement fait une bonne action, le PADES va encourager. Mais chaque fois que le gouvernement fait une mauvaise action, nous serons parmi ceux qui émettront des réserves, même si ça ne plait pas aux gens ce n’est pas mon problème.

Deuxième étape, on va vendre les cartes aux militants. Ceux qui sont intéressés vont prendre les cartes, et on dénombre les militants du parti. La troisième étape c’est mettre en place les structures. Ce sont les militants eux-même qui vont mettre en place leurs propres bureaus. Personne n’est imposée par le président du PADES. C’est démarche inverse de ce que les autres partis font. Aujourd’hui, ce nouveau parti n’as pas encore de structures. Donc il faut attendre que le parti ait les structures, qu’il y aient les personnes qui parlent au nom du parti. On va tous discuter, et puis on décidera où aller. Deux raisons: l’intolérance des partis. Deuxièmement, c’est trop tôt pour le PADES pour s’aligner. Voilà pourquoi je dis qu’on n’est de la mouvance ni de l’opposition, mais on est de la Guinée. »

Troisième mandant du Pr. Alpha Condé

«Moi je ne peux pas répondre. D’abord qui va faire un troisième un mandat? Est-ce que c’est lui qui a dit qu’il veut faire un troisième mandat? il n’a pas dit qu’il fait un troisième mandat. Alors maintenant pourquoi vous voulez qu’on discute de quelque chose qui n’existe pas? Il n’a jamais dit. Attendez le jour qu’il dira qu’il lui faut un troisième mandat, si vous êtes du PADES on va tous se retrouver, nous allons discuter pour dire quelle position nous allons prendre?»

Alliance avec le Pr. Alpha Condé lors de l’entre deux tours de la présidentielle de 2010

«Je n’avais pas compris tout cela. Moi aussi j’ai été beaucoup surpris. J’ai cru à ce qu’on me disait. D’ailleurs ça me rappelle la phrase de Stendhal dans Le Rouge et Le Noir :  » La parole a été donnée à l’homme pour cacher sa pensée. » vous savez, moi je ne suis qu’un bonhomme, je ne suis pas Dieu. Je crois facilement en l’homme, et je n’avais aucune expérience politique. Je n’ai pas beaucoup d’expériences politiques, donc je me trompe tout le temps. Eh bien, je m’étais trompé, comme beaucoup de monde. Donc, je ne savais pas. Mais n’oubliez pas qu’en 2010 j’étais candidat contre lui. Donc toute la faute ne peut pas me revenir, c’est parce que les gens n’ont pas voté pour moi. Ils sont allés chez lui. Moi j’ai essayé de voir des deux qu’est ce qu’il fallait soutenir, et j’ai soutenu un. Pour moi c’était le moindre mal. Mais je ne connaissais pas tout. Il y a plein de chose que je ne connaissais pas. Quand j’ai travaillé à la présidence, il y a beaucoup de chose que je ne connaissais pas. Donc, je me suis trompé comme tout le monde. je ne suis qu’un être humain. Mais j’assume ma part de responsabilité. Nous avons tous notre faute, y compris moi-même. »
La surfacturation de la retraite de Dalaba et l’échec du gouvernement de Sidya Touté (1996-1197)

« La retraite de Dalaba en 1996, vous êtes victime l’intoxication. Parce que c’est le Premier Ministre Sidya Touré et moi même qui avons organisé la retraite de Dalaba, et j’étais le principal animateur. Et c’est à l’occasion de ça que j’avais fait, au nom du gouvernement, « La Guinée Vision 2010. » On était en 1996, 14 ans avant, nous avons dit ce que nous souhaitions que la Guinée soit. Et je me rappelle à l’époque, le chef de l’Etat (NDL Général Lansana Conté ) riait beaucoup. Il nous prenait pour des fous tellement c’était loin. Les gens trouvaient que c’était débile de faire des projections à 14 ans. Alors que maintenant la prospective de 20 à 30 est devenue courant, mais à l’époque ça ne l’était pas. Et si vous reprenez les conclusions de Dalaba, vous verrez que c’est ça qui avait été repris au niveau de l’Union Africaine. Ce sont ces conclusions qui avaient été reprises au niveau de l’Union Africaine. Donc la Guinée , c’est pas par manque de personnes qualifiées. Et lorsque j’ai donné des explication sur ma conception de la Guinée en 1996 et ce qu’on devait faire à Dalaba, le Premier Ministre Sidya Touré était tellement impressionné qu’il a dit:  » Voilà, j’ai participé à tous les gouvernements de la Côte d’Ivoire, ça c’est le meilleur gouvernement qui soit.  » Malheureusement, ce qui s’est passé M Sacko Mamadou, c’est que d’abord ils ont commencé la campagne en disant « Ah les gens de Dalaba ont tué des vaches pour nous remplacer. » Imaginez une réunion où il y avait la totalité du gouvernement, où il y avait beaucoup de journalistes. On a discuté du devenir de la Guinée pendant deux, trois jours . On a trouvé le temps d’écrire dans les journaux qu’on est allé faire des sacrifices pour prendre le pouvoir. La Guinée est extraordinaire. On a fait croire aux gens qu’on a dépensé des maillards de FG pour faire ça. L’intox a tellement marché que lui ( SACKO Mamadou) me reprend la même phrase combien d’année après? On aime toujours mettre sur la tête des cadres et pardonner au premier dirigeant. Les guinéens aiment ça. Dire c’est la faute des cadres. Pas le chef. Si un chef ne peut pas voir le travail de l’intox, il n’ a pas le droit d’être à la tête. Et n’oubliez jamais que le c’est le chef qui forme tout son cabinet. Ils sont allés raconter du n’importe quoi au président de l’époque qui a cru à ça, et qui a commencé à déstabiliser le gouvernement que lui-même a mis en place. Comment on peut dire que des centaines de personnes, qui parlent des programme sectoriels, ont fait des sacrifices pour remplacer un président. Comment tu peux croire à ça? Si tu croie à ça, tu ne méritais pas d’être là. C’est pour cela qu’on est retard. Ayons le courage de dire au chef lui-même quand ça ne va pas., pas aux cadres.»

L’achat des groupes électrogènes (TomboIV) par le gouvernement de Sidya Touré

« Il faut reconnaître là où tu as fais des erreurs. Je n’étais pas chargé des groupes électrogènes de l’époque. Mais j’ai toujours soutenu que ce n’était pas une bonne politique, et ce n’est pas aujourd’hui que je vais changer d’avis. La Guinée n’a pas à s’encombrer des dizaines et des dizaines de groupes électrogènes à des coûts exorbitants, quand on peut faire des micro-barrages. Je maintiens cette position.»

De la désertion de l’Assemblée Nationale alors qu’ils sont payés pour faire le travail pour lequel ils ont été élus par les populations…

«De quelle paie vous parlez? Ce n’est pas les 15 millions de FG? Quand vous êtes pas là, vous n’êtes pas de prime, et les 15 millions de FG, c’est rien du tout. C’est 1500 euros. C’est ce que je partage chaque à l’Assemblée Nationale. Donc, vous ne pouvez pas me parler de ce salaire là. La vraie question, je vais vous dire, parce que quand le Président de l’Assemblée Nationale dit  » le députés se promènent à Atlanta » c’est quoi? Il faut avoir l’honnêteté et le courage de ses opinions. Le président de l’Assemblée, et je pèse bien mes mots, et je les maintiens, c’est le gestionnaire le plus inefficace que je n’ai jamais vu. Je le répète, c’est le gestionnaire le plus inefficace. Vous savez, moi je suis un homme objectif. Qu’est ce que vous allez dire d’une Assemblée Nationale à qui on interdit de regarder le budget de l’Assemblée? On est là pour regarder le budget de tout le monde, il est interdit de regarder le budget de l’Assemblée Nationale. Aucun député ne peut vous dire qu’on a discuté de ça! Soyons objectifs. Il ne faut pas lancer des phrases comme çà. Donc, le président de l’assemblée n’est pas un homme capable, et c’est la personne la plus opaque que j’ai jamais vue.»

Proposition de loi concernant le statut du chef de file de l’opposition et de son budget?

«Vous savez, j’ai toujours dit que je ne veux pas de la politique politicienne, et je ne veux pas de la politique avec haine. Les guinéens sont trop passionnés, et quand il y a de la passion et de la haine, on ne s’écoute même pas. C’est ça le drame guinéen. Les 500 millions de FG dont il est question, en fait c’est un budget de 5 milliard de FG pour le chef de file de l’opposition. Ce que nous nous avons discuté à l’Assemblée Nationale, c’est la loi du chef de file de l’opposition, mais pas le budget. Et ce jour là, j’étais le seul qui avait demandé d’introduire pour qu’un discute le budget en même temps. Mais ils sont tombés dans le panneau. Si on avait discuté le budget à l’Assemblée nationale, il n’y aurait pas eu toutes ces polémiques. Mais ils ont commis l’erreur d’accepter qu’on dissocie le budget, qu’on discute de la loi. Ils ont dit non, on va discuté ça au niveau du bureau de l’Assemblée Nationale. Sinon 5 milliards, c’est le montant le plus faible de toutes institutions de la République. C’est le plus faible. Allez voir le budget. Le médiateur et tous les petites institutions ont 10, 15 et 20 milliards FG. s’il s’agit du financement d’une institution, c’est un montant dérisoire. C’est juste 5 milliard. Mais si on avait discuté du budget, et qu’on avait dit voilà: cette ligne c’est pour la voiture, telle ligne c’est pour les salaires des gens qui pouvaient travailler avec lui, telle ligne c’est pour la location des bureaux etc, il n’y aurait pas eu tous ces problèmes. Mais on n’en a fait comme si c’était un arrangement, et c’est une erreur. C’était une erreur de l’UFDG parce qu’on aurait dû exiger qu’on discute à l’Assemblée au lieu que çà se fasse en catimini au niveau du bureau de l’Assemblée Nationale…»

A Bruxelles SACKO Mamadou pour www.lexpressguinee.com

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