December 14, 2017

Des échanges de tirs près de la résidence du président Mugabe ont alimenté dans la nuit les rumeurs sur un possible putsch. Des soldats zimbabwéens se sont déployés dans la nuit de mardi à mercredi dans les rues de la capitale Harare et se sont emparés du siège de la télévision publique. Des officiers ont toutefois démenti qu’une tentative de coup d’Etat était en cours. Le président Robert Mugabe et «sa famille sont sains et saufs et leur sécurité est garantie», a déclaré un général qui lisait un message à la télévision nationale, alors que des échanges de tirs ont été entendus près de sa résidence. Il a assuré que l’opération de l’armée visait «des criminels» de l’entourage du chef de l’Etat. «Dès que notre mission sera accomplie, nous nous attendons à ce que la situation retourne à la normale», a-t-il ajouté.

Robert Mugabe, 93 ans, qui règne sans partage sur le pays depuis son indépendance en 1980, est engagé dans un bras de fer sans précédent avec le chef de l’armée, qui a dénoncé lundi sa décision de limoger le vice-président du pays, Emmerson Mnangagwa.

Se «mettre à l’abri»

Un journaliste de Reuters a vu des véhicules blindés de transport de troupes circuler dans les principales rues entourant la capitale. Des soldats agressifs ont ordonné à des voitures de continuer à circuler. «Peu après 02h00 du matin, nous avons entendu environ 30 à 40 coups de feu tirés pendant trois à quatre minutes en provenance de la maison» de Robert Mugabe, a déclaré sous couvert de l’anonymat à l’AFP un résident du quartier de Borrowdale.

Sur son site internet, l’ambassade des Etats-Unis au Zimbabwe a cependant annoncé qu’elle recommandait aux citoyens américains de se «mettre à l’abri» et a ordonné à ses employés de rester chez eux en raison des «incertitudes politiques en cours». Le gouvernement britannique a également recommandé à ses ressortissants présents à Harare de rester chez eux jusqu’à ce que la situation politique se clarifie.

Longtemps considéré comme le dauphin du président Mugabe et favori pour lui succéder, l’ancien vice-président Mnangagwa, 75 ans, a été humilié et démis de ses fonctions, après un bras de fer avec la première dame, Grace Mugabe. Il a fui le pays. Figure controversée connue pour ses accès de colère, Mme Mugabe, 52 ans, compte de nombreux opposants au sein du parti et du gouvernement. Avec le limogeage de M. Mnangagawa, elle se retrouve en position idéale pour succéder à son époux. A la tête depuis 37 ans d’un régime autoritaire et répressif, Mugabe a été investi par la Zanu-PF pour la présidentielle de 2018, malgré son grand âge et sa santé fragile. Sous son régime, le Zimbabwe s’est considérablement appauvri et traverse une grave crise économique.

Situation inédite

La sortie publique lundi du général Chiwenga, 61 ans, contre le gouvernement est inédite, tout comme la présence de chars dans les rues. Le chef de l’armée «Chiwenga a défié Mugabe (…) il est clair que nous observons ici quelque chose de nouveau», a commenté à l’AFP l’analyste Derek Matyszak, de l’Institut pour les études de sécurité (ISS) de Pretoria. Le général Chiwenga et M. Mnangagwa, qui entretient des liens étroits avec l’appareil sécuritaire du pays, ont tous deux été des figures majeures de la lutte pour l’indépendance du Zimbabwe, au côté de M. Mugabe.

Le sort du chef d’état-major de l’armée restait inconnu tôt mercredi matin. Avant même les événements de la nuit, le principal parti d’opposition zimbabwéen, le Mouvement pour le changement démocratique (MDC), s’était clairement positionné par avance contre toute prise du pouvoir par des militaires. «Il n’est pas souhaitable que l’armée prenne le pouvoir. Cela donnera un coup d’arrêt à la démocratie, et ce n’est pas sain pour le pays», a déclaré un haut responsable du parti, Gift Chimanikire. Cette crise «marque une nouvelle étape alarmante dans la course à la succession» de Mugabe, a relevé l’analyste politique Alex Magaisa.

(L’essentiel/nxp/afp)

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