November 17, 2018

Huit mois après les élections locales tripatouillées et emmaillées de fraudes, d’achats de consciences avec des implications exagérées des commis de l’État, hauts cadres et officiers zélés sur fond de résultats contestés, les Guinéens assistent à l’installation des élus dans des échauffourées et conflits qui frôlent des affrontements intercommunautaires. Malgré les communiqués et contre communiqués du Ministre de l’Administration du territoire.

Il y a eu huit mois d’attente pendant lesquels le comité de suivi, pour sortir de la crise, avait d’abord été mis en place, suivi de signatures d’accords entre partis politiques afin d’installer les exécutifs communaux,

LE RECOURS AU CORAN

La réalité de cette élection voulant que les conseillers procèdent par votes secrets pour élire les exécutifs communaux, l’argent a refait surface pour racheter les votes. Malgré les accords entre certains partis politiques, ces arrangements politiques ne satisfont plus certains conseillers élus ou ne rassurent plus certaines formations politiques. D’ou l’usage du Saint Coran, dernier recours pour s’assurer que le conseiller sur lequel on doute suivra la consigne du parti ou que la voix de l’élu illégalement achetée s’exprimera en faveur de l’acheteur en votant pour lui.

Après la violation des accords dans certaines circonscriptions déjà installées, ou des trahisons constatées par endroits, les dernières communes font désormais l’objet de toutes les attentions surtout celles de Conakry.

Des chefs de partis, des négociateurs des partis politiques, des candidats pour les Mairies, chacun se promène avec son « Coran » en poche pour faire jurer des conseillers sur le Coran afin de s’assurer de leur fidélité car des centaines de millions voire des milliards et clés de véhicules circulent pour corrompre.

LA LAÏCITE DE LA REPUBLIQUE

Tout d’un coup, la malhonnêteté, la corruption organisée et entretenue par l’État et les achats de consciences bafouent le principe de laïcité même de notre République. Si on ne peut plus jurer sur notre constitution qui est le socle de notre démocratie, plutôt que sur des Livres Saints pour s’assurer de l’élection d’un Maire, alors, notre démocratie bat de l’aille. L’article premier de la constitution guinéenne ne stipule t-il pas que la Guinée est une République, unitaire, indivisible, LAÏQUE, démocratique et sociale ?

Certains politiques se servent désormais du Coran pour garantir l’argent de la corruption ou pour éviter l’argent de la corruption. Peut- être, le législateur devrait prochainement revoir cela pour donner une place prépondérante à nos Livres Saints dans le code électoral du fait qu’après tout, ils deviennent les derniers recours des politiques !

LE MANQUE DE CONFIANCE EN L’ETAT

Ne pas pouvoir organiser les élections à date, vouloir mettre la main sur toutes les circonscriptions électorales, le refus de perdre certaines communes en ne respectant pas le choix des électeurs, le non respect des accords signés avec des partis politiques, l’entretien d’un retard inutile entre les élections et l’installation des élus, la corruption des conseillers, sont des pratiques qui contribuent à remettre en cause la confiance en l’Etat, à détériorer notre démocratie et dégrader l’image de notre pays.

Si la Sierra Leone à coté a pu organiser trois élections réussies (présidentielle, communales et législatives), en même temps, la Côte d’Ivoire à organiser les communales et les régionales pour avoir les résultats en mois de 72h, on peut dire que, ce qui se passe en Guinée relève d’un manque de volonté délibéré du gouvernement à cause d’agenda caché.

Alors, gardez vos « Corans » à la Mosquée, l’Etat et la Démocratie n’ont besoin que de Confiance et de respect des Lois!

Ahmed Tidiane Sylla (page facebook)

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