December 14, 2017

Le déploiement d’une fibre optique de 4000 km, pour permettre au Guinéen un accès facile à internet quelle que soit sa position géographique sur le territoire national, reste l’une des annonces phares du président Alpha Condé. Interrogé par la rédaction de
Mosaiqueguinee.com, Mamy DIABY, DGA de la Société de Gestion et d’Exploitation du Backbone National (SOGEB), a accepté de répondre à nos questions relatives à la fois au déploiement de cette fibre et au rôle qu’elle jouera dans le cadre de l’amélioration de la qualité de vie de la population.

Mosaiqueguinee.Com : Deux ans après le lancement de ce projet, où en est-on ?

Mamy DIABY : Le 25 juillet 2015, a eu lieu la cérémonie de lancement officiel du démarrage des travaux physiques de déploiement du Backbone National à Fibre Optique de Guinée du côté de Dubréka, sous la haute présidence de son excellence Monsieur le Président de la République.

Avant de répondre à votre question sur l’état d’avancement des travaux d’exécution du projet de Backbone National à Fibre Optique de Guinée, permettez-moi tout d’abord de vous faire un état des lieux des TIC dans notre pays et les motivations d’un tel investissement pour un pays à économie fragile comme le nôtre, et aussi vous présenter le projet de Backbone National à Fibre Optique de Guinée.

Le constat est que :

En termes de développement de l’industrie des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) et de la pénétration haut débit, la Guinée est en dessous de la moyenne mondiale.
Tous les opérateurs téléphoniques et Fournisseurs d’Accès à Internet (FAI) en Guinée ne disposent pas de réseau Optique National à large bande à l’exception des liaisons hertziennes ou faisceau hertzien.
Le gouvernement, les secteurs public et privé font face à des dépenses et goulot d’étranglement de bande passante de communication.
Notre pays donc à l’instar des autres pays est confronté aux mêmes problématiques, la nécessité d’offrir partout (ubiquité = facteur de développement) et à tous l’accès à l’Internet ‘’ Haut Débit’’.

A cette fin, les pays investissent pour la mise en œuvre d’infrastructures à large bande essentiellement par la construction de réseaux de transport avec les dernières technologies de transmission à Fibre Optique Backbone National (Epine Dorsale)

La mise en œuvre de l’infrastructure de Backbone National à Fibre Optique de Guinée (épine dorsale à fibre optique nationale), consiste en fait à construire un réseau fédérateur en Fibre Optique dans l’arrière-pays, au fin fond du terroir, afin de desservir sur l’itinéraire principal les 8 gouvernorats et en déports les 33 préfectures et 43 localités d’importance régional du pays avec les dernières technologies de transmission à Fibre Optique sur une longueur totale de 4000Km.

L’état d’avancement actuel des travaux est satisfaisant, nous avons mécanisé l’exécution des travaux par endroit afin de trouver un bon compromis entre qualité, efficacité, rapidité et création d’emploi, car le but d’un tel projet est de créer des emplois localement. Dans les zones rurales (rase campagne) l’exécution des travaux de Génie Civil se fait via des machines et qui posent le câble en même temps mais le déblayage et compactage se fait manuellement et dans les zones urbaines (dans les villes) tout se fait manuellement.

Mosaiqueguinee.Com : Le délai d’exécution, si nos informations sont bonnes, était de 2 ans. Pourquoi HUAWEI, la société Chinoise chargée d’exécuter le projet, tarde à finir les travaux ?

Mamy DIABY : Contractuellement, le délai d’exécution des 4000km du projet est de deux ans (j’avoue que c’était optimiste) car en saison pluvieuse la météo n’est pas aussi clémente pour l’ouverture des tranchés et pose de câble d’où un ralentissement pendant cette saison des pluies.

Au demeurant, pour déployer un projet d’une telle envergure, il faut se poser certaines questions existentielles, la première question qu’il faille se poser est de savoir la demande capacitaire du pays versus consommation capacitaire, afin de prioriser certains axes et donc déployer le projet de façon logique et cohérente en fonction des opportunités.

Les axes suivants : Conakry-Boké; Conakry-Mamou; Mamou-Labé, Mamou-Kankan, Mamou-Faranah, Kolaboui-Kamsar, Tanéné-Fria, sont des axes majeurs prioritaires, ils sont déjà livrés, ils représentent plus de 80% de la demande capacitaire du pays, c’est-à-dire que la mise en exploitation (mise en service) de ces axes, permettra de résorber la demande capacitaire du pays à hauteur de 80%.

Les axes suivants : Kankan-Nzérékoré, Kankan-Mandiana, Kouroussa-Siguiri-Kourémalé, Faranah-Kissidougou-Ouamou, Guéckedou-Bofossou-Macenta, Coyah-Forécariah-Farmoreyah, Boké-Gaoual-Koundara, sont terminés en termes de Génie Civil, les autres axes restant sont en cours, d’ailleurs nous maintenons notre objectif de cette année, qui serait de terminer les travaux de Génie Civil d’ici la fin de l’année 2017.

Mosaiqueguinee.Com : Dans le déploiement de la fibre, vous détruisez parfois des infrastructures réalisées par le ministère des Travaux Publics, Est-ce que des mesures compensatoires sont prévues ?

Mamy DIABY : Pour l’exécution de ce projet nous travaillons de concert avec le Département des Travaux Publics (DTP), et d’autres départements comme celui de l’Energie.

Comme vous savez, c’est la Société Huawei Technologie qui a été autorisée, par l’Etat Guinéen pour implanter un réseau de transmission à Fibre Optique (Backbone National) sur l’ensemble du territoire National.

En vertu de ces dispositions, la Société de Gestion et d’Exploitation du Backbone National (SOGEB) sollicite auprès de la Direction des Travaux Publics (DTP), en qualité de gestionnaire du domaine public routier national, la délivrance d’un permis de voirie pour effectuer des travaux de Génie Civil sur les différents tronçons du Backbone National.

«L’objet de la permission de la voirie est la réalisation et l’exploitation d’une infrastructure enterrée destinée à recevoir des câbles de Fibre Optique. L’ouvrage sera constitué de deux fourreaux dans les zones non-urbaines, et de trois fourreaux dans les zones urbaines. »

Pour l’instruction de nos requêtes auprès de la DTP et pour faciliter la délivrance des permis, l’équipe technique de la SOGEB se rapproche des cadres de la DTP pour les conseils et approbation des dossiers de plan définitif (APD) destiné à l’exécution des travaux.

Une fois les travaux exécutés sur une section, la SOGEB invite la DTP à venir réceptionner les travaux avec le Bureau de Contrôle, Huawei et la SOGEB, afin que la DTP s’assure de la remise en état à l’identique des lieux suivant les règles de l’art.

Par contre, je pense que certains de nos concitoyens font de l’amalgame, il y a lieu d’expliquer le trajet suivi par le Backbone National à Fibre Optique de Guinée.

«Ce qu’il faut savoir, c’est que le kilomètre zéro du Backbone National à Fibre Optique de Guinée est Kipé (atterrissage du câble sous-marin), à partir de Kipé, nous faisons toute l’intérieur du pays et nous revenons à l’aéroport et il y a une connexion entre l’aéroport et Kipé en passant par Bambéto, devant la RTG et l’Ambassade des USA. »

Toute ouverture de tranchées différente de ce trajet n’est pas le Backbone National à Fibre Optique de Guinée, d’ailleurs à la DTP et le Gouvernorat de Conakry de se rassurer que tous ceux qui sont en train d’ouvrir des tranchées dans la ville de Conakry le long des routes ont une autorisation de leurs services.

Ceci dit, j’avoue que l’état de nos voiries ne facilite pas le déploiement le long des routes. En fait nous avons longuement occulté le fait mutualisation des infrastructures dans notre pays. Normalement quand on construit une route, il faut prévoir l’implantation d’infrastructures souterraines (eau, électricité, Télécommunications) pour la mutualisation des infrastructures.

Mosaiqueguinee.Com : Est-ce le seul moyen, n’est-il pas possible de relier autrement les zones concernées ?

Mamy DIABY : Le déploiement de la Fibre Optique en enterrée le long des routes ou des voies ferrées n’est pas la seule possibilité, il est possible de déployer la Fibre Optique en aérien en faisant par exemple de la mutualisation d’infrastructures.

L’aérien est probablement le moyen le plus rapide pour déployer et il doit être moins cher que l’enterrée. C’est pour cela une technique moderne est utilisée avec des machines spéciales.

Nous avons d’ailleurs un exemple illustratif de réussite de mutualisation d’infrastructure sur le projet de déploiement du Backbone National à Fibre Optique de Guinée, à cause du relief de l’axe Conakry-Mamou nous avons déployé ce tronçon en aérien sur les pilonnes d’EDG (Garafiri) par la technique du câble incorporé, qui consiste à incorporer le câble optique à l’intérieur du câble de garde (OPGW). Cette technique permet une protection optimale des fibres et peut s’appliquer à tous les niveaux de tension.

L’avantage de mutualiser les infrastructures est le gain en temps mais aussi l’amélioration de notre CAPEX/OPEX (c’est notre capital d’investissement en CAPEX et notre capital d’exploitation en OPEX) donc ceci nous permettra de réaliser une certaine économie d’échelle.

Pour information, de nos jours dans le cadre de la mutualisation des infrastructures, tous les déploiements électriques modernes, il est prévu l’implantation systématique de la Fibre Optique c’est d’ailleurs le cas du barrage hydroélectrique de « Kaleta ».

Mosaiqueguinee.Com : Selon des informations, dans la zone de la Basse Guinée, vous supprimez certaines localités qui étaient prévues dans le dispositif au départ, pour quelle fin le faites-vous ?

Mamy DIABY : Il n’y aucune suppression de localités, toutes les localités prévues dans le contrat signé en 2012, à savoit 8 gouvernorats, 33 préfectures et 43 localités d’importances régionales du pays, seront desservies. En plus de ces zones, d’autres localités seront aussi couvertes suite aux différentes économies d’échelle réalisées.

Mosaiqueguinee.Com : A quand le lancement officiel de l’utilisation de la fibre optique ?

Mamy DIABY : L’allumage de la Fibre Optique se fera au fil de l’eau, c’est-à-dire que nous n’attendrons pas que tous les 4000Km soient terminés et livrés pour commencer l’exploitation de l’infrastructure.

A ce jour les tronçons majeurs sont terminés et livrés, ils représentent plus de 80% de la demande capacitaire du pays, leur mise en exploitation (mise en service) permettra de résorber la demande capacitaire du pays à hauteur de 80%.

Le lancement commercial sera très imminent car notre business model, business plan, le catalogue de services et le catalogue de prix sont prêts. Notre cible est de mettre en exploitation les tronçons déjà livrés d’ici la fin de l’année avec l’appui du politique.

Mosaiqueguinee.Com : En plus de l’accès à internet pour un large public, est-ce que la fibre optique va créer des profits économiques pour renflouer les caisses de l’Etat ?

Mamy DIABY : L’un des objectifs majeurs du déploiement de la Fibre Optique est la création de la richesse localement et permettre à nos entreprises locales d’avoir une prospérité économique à long terme (pour chaque 10% d’investissement dans les TIC il résulte 1 point de croissance du Produit Intérieur Brut)

Ce réseau de transport fédérateur à Fibre Optique permettra une convergence effective des politiques et stratégies de développement des télécommunications, de l’audiovisuel et de l’informatique afin de tirer la meilleure partie des dernières innovations technologiques

Il aura aussi pour impact un changement radical de la structure du réseau actuel des opérateurs et FAI (une concentration de leurs investissements sur le développement des services à valeur ajoutée entrainant un développement plus rapide du secteur sur toute l’étendue du territoire national), de fournir l’accès universel au très haut débit aux régions économiquement pauvres, de résorber la fracture numérique (désenclavement numérique), de vulgariser les TIC à travers le pays (informatisation publique) et donc de contribuer au développement socio-économique du pays en rendant plus compétitive notre économie nationale et donc contribuer à la croissance de notre PIB (Produit Intérieur Brut)

Grâce au réseau de transport fédérateur, les Guinéens bénéficieront aussi d’avantages au maximum en termes de réduction des coûts de services téléphoniques et Internet, d’un accès facile aux services et d’un gain de temps en matière de communication

Le Backbone National à Fibre Optique, concrétisera la vision d’une société intelligente, efficace et hors de danger. Des informations structurées et de multiples applications comme : e-éducation (apprentissage numérique), e-santé (diagnostic, consultation à distance), Zone Numérique (wifi gratuit à la portée du public) ; e-commerce (B2B, B2C, C2C), Traffic intelligent (surveillance et contrôle de la circulation), sécurité publique (anti-menace malveillant contre le Gouvernement, zone publique, raffinerie de pétrole), e-tourisme (déplacement, info en ligne), e-agriculture (infos sur les prix des produits)

Ce Backbone National assurera aussi les liaisons transfrontalières avec les pays limitrophes de la Guinée, elle sera donc une infrastructure économique et d’intégration régionale.

La Guinée est le seul pays de la CEDEAO à avoir six frontières dans la CEDEAO, d’où le sujet de la Guinée dans l’Alliance Smart Africa, qui est l’interconnexion des pays de la sous-région.

Pour information « l’Alliance Smart Africa » est un engagement audacieux et novateur des chefs d’Etat et de Gouvernement Africains visant à accélérer le développement socio-économique durable sur le continent, et engager l’Afrique sur la voie de l’économie du savoir à travers l’accès abordable aux services à large bande et l’utilisation des technologies de l’information et des communications (TIC). La vision de cette alliance est de « Transformer l’Afrique en un Marché Commun Digital »

Mosaiqueguinee.Com : Pour finir, dites-nous les principales difficultés auxquelles votre service est confronté.

Mamy DIABY : Nous sommes plutôt confrontés à des défis à relever, l’un des défis qu’il faille relever est de s’assurer de la livraison par le fournisseur d’une infrastructure intelligente, durable, rentable et qui réponde aux standards internationaux avec une bonne qualité de service, il y a aussi des défis liés au management Humain, nous venons d’horizon différents. Certains viennent du monde du privé, d’autres viennent du monde du public. Nous sommes de cultures et de traditions différentes, nous travaillons avec des Chinois et des Européens. Au demeurant, nous transcendons tout cela avec professionnalisme.

Interview réalisée par Thierno Amadou M’Bonet Camara

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