Mouloud Feraoun

La terre et le sang

Mouloud Feraoun était un écrivain de grande race, un homme fier et modeste á la fois, mais quand je pense á lui, le premier mot: bon.. cet honnête homme, cet homme bon, cet homme qui n´avait jamais fait de tort á quiconque, qui avait dévoué sa vie au bien public, qui etait l´un des plus grands écrivains de l´Algérie, a été assassiné.

 

Ce couple qui a quitté la France et qui entre dans ce misérable village de Kabylie, quel passé étrange laisse-t-il derriére lui ? La voix de la terre natale a fini par atteindre Amer qui revient parmi les seins. Sa femme l´accompagne et c´est une jeune parisienne que la vie a meurtrie. l´espoir d´une existence neuve emplit ces deux coeurs, mais Marie ne se doute pas que ces montagnes qui lui ferment l´horizon ne s´ouvriront jamais plus pour elle.

 

A Ighil-Nezman, un village comme il y en a tant sur les crêtes du Haut-Pays Kabyle, Marie ménera une vie paisible de reclus enviée. Mais Amer s´éprendra follement d´une autre femme et la tragédie se nouera, violente, sauvage, dans le décor de ces montagnes peuplée d´hommes rudes et fiers, au coeur de ce monde berbére qu´ignore l´Europe, et dont Mouloud Feraoun nous réléve aujourd´hui la vie la plus secréte.

JOURS DE KABYLIE

Les récit regroupés dans ces « jours de kabylie » apparaissent tels d´indispensable compléments au JOURNAL DE MOULOUD FERAOUN et aux situation géographiques et narratives de son ?uvre romanesque.

Les illustrations de Charles Brouty fin connaisseur de l´Algérie, ne sont pas de simple mises en image mais s´intégrant véritablement au texte pour s y fondre et lui donner du relief.

 

Les visions des deux auteurs, l´artiste et l´écrivain, se mélangent ainsi et donnent á ce livre toute sa saveur : l´évocation de la Kabylie, de ses paysages comme de ses habitants, y prend une dimension aussi pudique et sensible que poignante.

JOURNAL (1955-1962)

N´ai-je pas écrit tout ceci ou le jour, selon mon état d´âme., mon humeur, selon les circonstance, l´atmosphère créée par l´évènement et le retentissement qu´il á pu avoir dans mon c?ur ? Et pourquoi ai-je ainsi écrit au fur et á mesure si ce n´est pour témoigner, pour clamer á la face du monde la souffrance et le malheur qui on été autour de moi ?

 

Certes, j´ai été bien maladroit, bien terminera le jour oú j´ai décidé d´écrire, mais autour de moi, qui eût voulu le faire á ma place et aurais-je pu rester aveugle et sourd pour me taire et ne pas risquer d´étouffer á force de rentre mon désespoir et ma colère ?

 

Et maintenant que c´est fait que tout est la consigne, bon ou mauvais, vrai ou faux , juste ou injuste, maintenant que nous entrevoyons la fin du cauchemar, faudra t-il garder tout ceci pour moi ?

Après ce qui s´est écrit sur la guerre d´Algérie, bon ou mauvais , vrai ou faux, juste ou injuste, il convient qu´a cela s´ajoute mon journal comme pièce supplémentaire á un dossier déjá lourd.

 

Je sais combien il est difficile d´être juste, je sais que la grandeur d´âme consiste á accepter l´injustice pour éviter soi-même d´être injuste, je connais enfin les vertus héroïques du silence. Bonne gens, j´aurais pu mourir depuis bientôt dix ans, dix fois j´ai pu détourner la menace, me mettre á l´abri pour continuer de regarder ceux qui meurent .

 

Ceux qui souffert, ceux qui sont morts pourraient dire des choses et des choses , j´ai voulu timidement en dire un peu á leur place. Et ce que j´en dis, c´est de tout c?ur avec ce que je peux avoir de discernement et de conscience.

Mouloud Feraoun