Mot de l?attaché de défense, le lieutenant-colonel Pauc

Comment pourriez-vous évoquer en quelques mots la coopération militaire française développée en Guinée Conakry ?

La coopération militaire franco-guinéenne est une jeune coopération issue de l?accord de coopération militaire technique du 17 avril 1985. Elle est naturellement allée au rythme de l?évolution des relations entre les deux pays parfois plus dynamique et parfois moins, soumise aussi aux réalités économiques qui influent sur nos budgets.

Elle a ainsi connu des périodes plus fastes dans les années 90 pour diminuer sensiblement au cours des années 2000-2002, période où la Guinée était confrontée à de multiples difficultés dont la première d?entre elles a été l?agression aux frontières sud du pays, épisode marquant pour les forces armées guinéennes...

Aujourd?hui, comme le montre l?actualité guinéenne, un nouvel élan se dessine dans le pays. Le gouvernement mène une politique courageuse et dynamique. Il bénéficie de l?appui de la France et des autres bailleurs de fonds, ce qui suscite l?espoir avec en perspective des actions de développement d?envergure. Dans ce contexte de redémarrage, les forces armées guinéennes sont confrontées au double défi suivant : faire l?effort sur des capacités vitales pour répondre aux exigences immédiates de la sécurité dans le pays et à ses frontières (intendance, transmissions, gendarmerie...),

 

investir résolument sur l?avenir pour ouvrir des écoles qui font défaut et traiter énergiquement de graves questions liées à la santé dans les armées.

La Mission de Coopération militaire de Conakry, avec son dispositif restreint de neuf coopérants, s?efforce d?aider les forces armées guinéennes à relever ces défis.

Elle s?implique dans plusieurs projets d?appui aux écoles, à l?intendance, aux transmissions, à la gendarmerie et à la santédans les armées.

Dans toutes ces actions, la formation est résolument la première priorité. La formation des jeunes, notamment les jeunes cadres, est comparable aux ?graines plantées en terre? qui renforceront encore demain les capacités des forces armées.

C?est ainsi qu?en 2005, un effort très important a été consenti avec plus du doublement, par rapport à 2004, des missions de courte durée d?experts venus appuyer la mise en place de capacités à former (formation des formateurs).

Cette coopération, avec ses objectifs, a été établie sur la base d?un partenariat étroit et confiant avec la partie guinéenne pour une période de trois années par souci de cohérence et de continuité.

Des perspectives prometteuses laissent espérer une action plus affirmée, notamment en accompagnement de la mise en place de nouvelles écoles dont la pertinence semble avérée pour les forces armées.

Ainsi, deux demandes guinéennes sont d?ores et déjà prises en compte :

  l?école nationale des sous-officiers de Manéah dont l?ouverture est prévue fin 2005 ;

  l?école nationale des transmissions en 2006, évolution du projet transmissions du domaine appui technique vers le domaine formation. Pour cette future école, un statut d?école nationale à vocation régionale (ENVR) a été officiellement sollicité par la partie guinéenne.

 

Comment peut-on caractériser la coopération militaire en Guinée Conakry ?

Elle est particulière et attachante à la fois mais elle est surtout différente de celle des autres pays car la Guinée est un pays tout à fait spécifique.

Je vais donc tenter de la caractériser en quelques points :

? Un réel capital de sympathie.

Je crois au fond que la France et la Guinée sont de vieux amis. La langue française nous rapproche et nos modes de pensée et de travail ne sont jamais vraiment éloignés. Il y a eu le temps de la brouille. Nous sommes sur le chemin d?un partenariat fructueux. Il en résulte un climat très favorable au développement d?une coopération complice et fraternelle. De surcroît, il y a le langage des militaires qui nous rapproche au-delà des frontières.

? Un rythme guinéen à respecter.

Un long chemin reste à parcourir, mais il est essentiel de respecter les contraintes et la spécificité des armées guinéennes. Respecter le temps pour avancer sur une route vers des objectifs communs, c?est avant tout respecter le partenaire, respecter ses difficultés et les réalités de l?environnement. Le bon coopérant doit donc, avec modestie, s?efforcer d?écouter, de comprendre et de s?adapter.

? Une coopération tournée vers l?avenir.

La priorité est de préparer l?avenir. C?est dans cet esprit qu?ont été définis les objectifs majeurs communs de cette coopération : la création d?écoles pour la formation des cadres et une forte implication au niveau de la santé au sein des forces armées.

? Une soif de formation.

Le besoin de formation est grand et la volonté des guinéens pour se former est immense.

Partout, il revient que les stagiaires guinéens se rangent parmi les élèves les plus studieux et les plus motivés. Le déficit initial de formation les place pourtant souvent dans une situation moins favorable.

Cependant, il est encourageant de constater combien, à leur retour, les stagiaires nouvellement formés sont utilisés dans leurs nouvelles compétences et à leur niveau de responsabilité.

? Un partenariat de qualité.

Il existe tout d?abord en Guinée une forte tradition de l?accueil et de l?hospitalité qui s?applique à tout visiteur. Ce contexte chaleureux favorise la bonne intégration et adaptation de nos coopérants militaires.

Il doit être souligné ensuite une capacité particulière des guinéens à s?investir dans le partenariat. Un dicton populaire guinéen bien connu en atteste et illustre tout à fait cette attitude responsable : ?Quand on te lave le dos, tu te laves le ventre?.

? Une réelle rentabilité des efforts consentis.

Tous les efforts consentis en partenariat ont produit des résultats au-delà des espérances. L?école nationale des officiers qui est aujourd?hui une vitrine, a formé près de 250 jeunes officiers. L?intendance continue sa marche vers la modernité. La couverture radio du pays reste fonctionnelle depuis plus d?une décennie. Les escadrons de gendarmerie mobile sont d?excellent niveau.