Entretien avec le général de division Kerfalla CAMARA, chef d?état-major général des Armées
La défense du territoire est la mission prioritaire confiée aux armées par le chef de l?Etat. Pourriez vous, mon général, décrire l?engagement des forces armées, notamment dans la défense du sanctuaire national.
Général CAMARA : Je tiens tout d?abord à vous dire la satisfaction que je nourris en recevant l?équipe de rédaction de ?Frères d?armes?, visite qui atteste l?intérêt de la direction de la coopération militaire et de défense française pour la Guinée et démontre combien nos relations sont bonnes. Pour répondre à votre question, je citerai le président Sékou TOURE qui évoquait notre outil de défense comme étant au service du peuple dont il garantit les acquis, et non comme une armée de conquête ou d?oppression.
Les forces armées guinéennes travaillent depuis 1958 sur cet axe de sécurité intérieure et de préservation du territoire. Nos frontières sont infranchissables, sauf pour nos amis visiteurs. L?histoire témoigne de ce que je viens de dire : que ce soit en novembre 1970 ou en septembre 2000, les tentatives d?agression dont nous avons fait l?objet ont été repoussées victorieusement et sans délai. Nous entretenons avec nos voisins des relations pacifiques et même amicales mais ils savent que la Guinée est une citadelle imprenable où règnent la paix et la sécurité.
Au delà de ses frontières, la Guinée a été engagée à plusieurs reprises dans des conflits et des opérations. Cette participation régionale ou internationale répond-elle à une priorité opérationnelle actuelle ?
Général CAMARA : Je répondrai de nouveau en citant le Président Sékou TOURE. ?Tant qu?il restera un morceau de territoire africain sous domination coloniale, la Guinée ne sera pas pleinement indépendante?. Et le président Lansana Conté de dire ?quand la case du voisin prend feu, il faut l?aider à éteindre ce feu, sinon le feu risque d?atteindre ta case?. Dans ce contexte politique, en dehors de toute visée conquérante, les forces armées ont ainsi participé à de nombreuses guerres de libération nationale sur le continent depuis le début des année 60 : Congo belge , Angola, Liberia, Guinée-Bissau, Sierra-Leone...
Nous avons aussi participé à l?ECOMOG au début au Liberia, d?abord comme observateur, puis, par la force des évènements, comme force de sécurité interne. Nous avons poursuivi notre mission en Sierra Leone et en Guinée Bissau. Notre mandat devait durer six mois : j?y ai en fait servi pendant quatre années ! Nous avons aussi été présents au Rwanda, au Sahara occidental, au Burundi, et préparons une opération de maintien de la paix dans l?Est du Soudan. Les missions ont été remplies, assumées, et nous ont valu des témoignages de satisfaction de la part des autorités de l?ONU. Cette participation multiforme témoigne de la volonté de la Guinée de tenir sa place dans le concert diplomatique international.
Et RECAMP, mon général,...
Général CAMARA : Nous adhérons également à ce processus que nous jugeons très intéressant. J?ai eu moi-même l?honneur de conduire la délégation des forces armées guinéennes lors de l?exercice GUIDIMAKHA en 1998, premier du genre. Nous sommes impliqués dans toutes les réunions et prenons part à toutes les décisions. Ce concept de maintien de la paix pour et par les Etats africains nous est très cher et recueille notre adhésion avec enthousiasme.
Comment, comme autorité militaire de Guinée, qualifieriez-vous la coopération militaire qui nous lie ? Donne-t-elle satisfaction ?
Général CAMARA : En toute simplicité, je peux vous dire que la coopération est au beau fixe. Tous les experts français, tous les chefs de projets donnent le meilleur d?eux-mêmes. Je peux citer en exemple, parmi d?autres, le médecin en chef BOULOUMIE qui vient de regagner la France : il a sillonné la Guinée dans tous ses recoins pour prendre en compte sur le terrain tous les aspects de la question sanitaire. Il est devenu Guinéen lui-même ! Le fait que l?actuel attaché de défense français effectue chez nous un deuxième séjour constitue un véritable atout : il n?a pas eu à découvrir le pays en prenant ses fonctions. Et puis, il défend bien un pays qu?il aime et qu?il connaît. Nos relations de partenariat sont excellentes. Mes propres relations avec les coopérants français s?établissent sans réel formalisme, presque sans protocole même.










