Cheikh Mouhammad Chérif
Ce livre représente un travail de plusieurs années de recherche de l'historien qui est une sommité en matière d'histoire africaine. Il est destiné selon son auteur à éclairer les lecteurs sur l?histoire, la politique et la culture en Afrique noire à travers la vie de l?une des grandes figures de l?Islam en Guinée au 20e siècle.
Nombreux parmis ceux qui s'intéressent à l?Islam en Afrique occidentale qui ont entendu le nom de Cheikh Mouhammad Chérif de Kankan; mais rares sont ceux qui connaissent son origine, sa trajectoire et sa pensée. Connu également sous le nom de Cheikh Fanta-Madi Chérif ou de Grand Chérif (Krammô Sékouba), Cheikh Mouhammad comptait parmi les éminents marabouts de l'Ouest africain à l'ère coloniale. Il fut le témoin de la résistance de l'Almamy Samori Touré contre l'agression de la France coloniale, auprès duquel son père, Karammô Siddiki Chérif, servit de guide spirituel.
Cheikh Mouhammad impressionna ses contemporains de toutes origines, de toutes conditions et de toutes religions par la vigueur de sa foi et de sa piété, par sa tolérance et sa bonté. Il attira des adeptes de toutes les régions et des admirateurs de toutes religions. Il eut des rapports cordiaux avec les prélats catholiques de la Guinée. Kwamé N'Krumah, le futur président du Ghana, les députés du Soudan (Mali) et de la Haute-Volta (Bukina) Fily Dabo Cissoko et Ouezzin Coulibaly, et les leaders guinéens Yacine Diallo, Mamba Sano, Diawadou Barry et Sékou Touré lui rendaient visite.
Les grands marabouts de la Mauritanie, du Sénégal, du Soudan et de la Côte d'Ivoire restaient en contact avec lui. Par son charisme, il rayonna sur toute la région, de la Sénégambie au Ghana. On rapporte qu'il fit des miracles. On lui donna le titre de "Saint homme" ou d' "Ami de Dieu" (waliyyou). Ses relations avec les Almamys du Foutah Djallon était aussi assez étroites.

- Lancine Kaba
La vie, simple et pieuse, de Cheikh Mouhammad Chérif fut inséparable de celle de la Guinée pour laquelle il priait sans cesse et de sa ville natale de Kankan pour laquelle il formula des bénédictions. Dans son sillage, le lecteur découvre la vie économique, politique et sociale et la culture de cette métropole.
On voit également comment tout gravitait autour de lui. Il restituait à chacun, y compris les indigents et les destitués, sa noblesse. C'était le patron spirituel de l'agglomération. Le nom du Grand Chérif évoque l'âge d'or de Kankan au 20e siècle, avec ses splendides fêtes religieuses, ses danses de mamaya mémorables et ses chansons raffinées exécutées par les premiers grands maîtres de l'art musical africain moderne.
Cet ouvrage touche à beaucoup de questions clés indispensables pour une compréhension de la religion musulmane, de la colonisation française et de l'émergence de la modernité en Guinée. L'érudition et la plume du Professeur Kaba font revivre la place de Kankan en Afrique occidentale avant 1958, ainsi que le rôle de Cheikh Mouhammad Chérif dans la diffusion pacifique et tolérante de l'islam.
Ce point mérite d'être souligné aujourd'hui à cette époque où l'image de la religion musulmane est, à tort, ternie par l'explosion de l'extrémisme et du terrorisme. Or, l'islam est une religion de paix. L'histoire de l'islam en Afrique au sud du Sahara a été marquée pendant longtemps, non pas par le sabre, mais par les méthodes de conversion non-violentes. Le rôle des grands marabouts ouest-africains tels que Cheikh Mouhammad Chérif témoigne de la persistence de ces vertus de dialogue et de tolérance qui ont aidé l'islam à devenir une partie intégrante de l'humanisme africain.
Dans une oraison funèbre sur Guinéenews© suite au décès de Elhaji Sama, son fils et successeur spirituel, parlant du Saint Homme, le professeur Lansiné Kaba écrivait ceci : «Le père d?Alhaji Sama, l?illustre Cheikh Mohammed Chérif également connu sous le nom de Cheik FantaMady ou de Karammo Sékouba, fut une grande étoile parmi les marabouts de l?Afrique de l?Ouest jusqu?à sa mort en 1955.»
Bah Boubacar Caba














