ELHADJ FODÉ SOUMAH VICTIME DU POUVOIR DE L'ARGENT OU DE L'ARGENT DU POUVOIR ?
L?ancien vice-gouverneur de la Banque Centrale et actuel ministre de la Jeunesse, des Sports et des Arts est au c?ur d?une vive controverse à cause d?une sombre affaire de bons de caisse. Est-il victime ou coupable ?
Elhadj Fodé Soumah est rattrapé par sa gestion passée de la Banque centrale, maintenant qu?il est au gouvernement. Il ne s?attendait sans doute pas à subir ce coup du sort. Surtout qu?il était parti de la BCRG pour le gouvernement. Il avait toutes les raisons de se réjouir de cette ??promotion?? car elle est intervenue à un moment de doute et d?interrogations pour lui, après les heures de bonne fortune. Elhadj Fodé Soumah, en effet, avait été confronté à des épreuves qui laissaient présager le pire pour lui.
Son patron, le gouverneur de la BCRG Chérif Bah lui avait porté un coup dur en signant une note de service interdisant les sorties d?argent par des bons de caisse. Il avait été également demandé à l?ancien vice-gouverneur dans cette note de service de ne pas utiliser les moyens logistiques ni le personnel de la BCRG pour ses différentes tournées politiques.
La décision de Chérif Bah avait attiré l?attention sur les pratiques du vice-gouverneur en même temps qu?elle avait ouvert un conflit avec lui. Le général Lansana Conté, sans désavouer le gouverneur, avait essayé de ??consoler?? Elhadj Fodé Soumah du revers qu?il avait essuyé. Mais le parrain national du PUP qu?était le vice-gouverneur a commencé à partir de cet instant à perdre du terrain, à perdre beaucoup de son influence et de son aura, limité qu?il allait être dans ses moyens, notamment financiers, ébranlé dans la suprématie qu?il avait commencé à tisser. D?ailleurs le coup de grâce ne tarda pas à venir.
Au cours d?une rencontre avec la direction nationale du PUP, le général Lansana Conté fit remarquer qu?il n?avait pas mandaté l?ancien vice-gouverneur à battre campagne pour lui. Il s?était interrogé sur l?origine de la fonction de parrain national. Pour le chef de l?Etat et président du PUP, c?est la ??passivité?? de son parti qui avait entretenu la confusion pendant longtemps. A l?occasion, le général Lansana Conté avait prévenu : « S?il (Elhadj Fodé Soumah) prend l?argent public pour financer ses activités, je le ferai poursuivre ! » Prémonition ou mise en garde ? Toujours est-il que la déclaration du chef de l?Etat avait considérablement affaibli le parrain autoproclamé du PUP.
Fort de la mise au point de son président, le PUP avait officiellement écrit, notamment à la RTG, pour s?opposer à la médiatisation des activités de l?ancien vice-gouverneur de la BCRG, déchu par la même occasion de son titre de parrain du PUP. Finalement, le général Lansana Conté, pour ne pas donner l?impression d?avoir lâché l?homme qui s?était présenté des mois durant comme son ??messager?? et faire de lui la risée publique, avait fait une nouvelle mise au point pour demander de soutenir les efforts d?Elhadj Fodé Soumah. Mais le coup était déjà parti. Le parrain national du PUP n?a plus brillé. Il a même carrément sombré. Aussi le gouvernement semblait-il une ?? retraite?? somme toute confortable en attendant des lendemains meilleurs.
Mais voilà qu?à un an de fonction gouvernementale à peine, il se retrouve à nouveau sur la sellette. Comme l?avait déclaré le chef de l?Etat devant la direction nationale du PUP, s?il était incriminé il rendrait compte. Dans l?affaire des bons de caisse, l?ancien vice-gouverneur a été interpellé par la nouvelle direction de la BCRG. Il est demandé au ministre de la Jeunesse, des Sports et des Arts de remettre en place des montants qu?il est accusé d?avoir sortis. Outre les 22 millions de dollars, il aurait un découvert de 5 milliards FG dans les livres de la BCRG. D?autres montants pourraient lui être reprochés.
Pour sa défense, le ministre essaie de justifier l?utilisation des montants et d?en indiquer la destination. Or, de sources proches de la BCRG, toutes les ??opérations?? d?Elhadj Fodé Soumah n?ont pas respecté l?orthodoxie bancaire. Ce qui explique ses difficultés à en convaincre du bien-fondé et de la régularité. Et pourtant, le vice-gouverneur, avant qu?il soit officiellement rappelé à l?ordre, avait été entrepris pour le respect des textes et des procédures. Devant le chef de l?Etat, Chérif Bah, l?ancien gouverneur de la BCRG, et Cheick Ahmadou Camara, l?ancien ministre de l?Economie et des Finances, avaient tous les deux essayé de convaincre Elhadj Fodé Soumah de garder le profil bas qui sied à un gestionnaire. Mais lancé dans la politique, il semblait que c?était trop tard.
L?engagement politique du ministre de la Jeunesse, des Sports et des Arts n?explique-t-il pas en partie ses malheurs quand on sait qu?il s?y est beaucoup investi financièrement ? L?argent lui a donné le pouvoir. Malheureusement, c?était celui d?un pouvoir qui aujourd?hui souhaite savoir ce qu?il est advenu de cet argent. La rançon de la gloire ou? de la dépense ?
Tibou KAMARA.
Une correspondance spéciale pour le site de 'L'Observateur''
AFFAIRE BCRG -MINISTÈRE DES FINANCES? FODÉ SOUMAH- MAMADOU SYLLA: LE GÉNÉRAL PRESIDENT LANSANA CONTÉ DOIT TRANCHER.
Le feuilleton de l?affaire dite ??bons de caisse?? de la BCRG, avec les échanges de courriers entre ses acteurs, continue de défrayer la chronique et de prendre même des proportions qui affectent dangereusement l?image de la Guinée et la crédibilité de l?Etat guinéen. D?autant gravement que tous les bailleurs de fonds et partenaires au développement qui accordent la plus grande attention à cette affaire ont désormais les yeux rivés sur la gestion de ce dossier. A ce titre, l?implication visible du chef de l?Etat est nécessaire pour tirer au clair et dans la transparence cette affaire et situer les responsabilités.
D?un côté le ministre de l?économie et des finances, Madi Kaba Camara qui réclame, au PDG du groupe FUTURELEC, la somme de 8.442.985 dollars qu?il
considère comme un ??trop perçu?? et le gouverneur de la BCRG, Alkaly Mohamed Daffé qui exige, de l?ancien vice gouverneur, Fodé Soumah et du
PDG du groupe Futurelec, le retour dans ses caisses de 18.119745 dollars et 3.628675 Euros sortis par le système de ??bons de caisse??.
En tout, l?Etat ou ceux qui le représentent chiffrent à plus de 30 millions de dollars les montants compromis. De l?autre, Elhadj Fodé Soumah, ancien vice gouverneur de la BCRG et actuel ministre de la jeunesse, des sports et de la
culture, s?abrite derrière la lettre de l?ancien ministre de l?Economie et des Finances, Cheick Amadou Camara et la reconnaissance du PDG du groupe FUTULEC, Elhadj Mamadou Sylla d?avoir été payé, pour clamer son innocence et le même PDG du groupe FUTULEC Mamadou Sylla qui insiste être dans ses droits au point de réclamer encore 30 millions de dollars à l?Etat Guinéen.
Dans un sens comme dans l?autre, seul le général peut trancher. Historique d?un contentieux Cette affaire qui semble rebondir ces derniers temps ne date pas d?aujourd?hui. L?ancien gouverneur de la BCRG, Ibrahima Chérif Bah, en 2003, était déjà monté au créneau contre son vice gouverneur, Elhadj Fodé Soumah qu?il avait accusé d?user des bons de caisse pour des opérations irrégulières et des véhicules de la BCRG pour ses tournées politiques en faveur du ??plébiscité??. Par rapport à cette situation, le gouverneur Ibrahima Chérif Bah, dans une note de service en date du 07 février 2003, avaient pris certaines mesures dont l?interdiction de ??toute sortie de fonds en valeur par des bons??. Dans la même logique, il avait aussi interdit ?? tout usage des moyens humains, matériels et financiers de la Banque à des fins non conformes à sa mission telle que prévue
par la loi L/94/018/CTRN du 1er juin 1994,
portant statut de la Banque Centrale??. Réalisant cependant que les montants déjà sortis par le système qu?il venait d?interdire par sa note de service avait dépassé les 20 millions de dollars, l?ancien gouverneur Ibrahima Chérif Bah
avait porté l?affaire devant l?arbitrage du Président de la République, le général Lansana Conté, à l?époque souffrant et retiré au village. Le chef de l?Etat, par rapport aux mesures prises, avait reconnu l?autorité du gouverneur et rappelé le vice gouverneur au respect de l?ordre hiérarchique. Cependant, en réaction à l?interdiction de l?usage des véhicules de la BCRG dans les manifestations politiques entreprises par le vice gouverneur, Elhadj Fodé Soumah, le général avait tout simplement mis à la disposition du parrain du PUP son hélicoptère personnel pour lui permettre de poursuivre son marathon politique à travers la Guinée. Politiquement, la réponse était éloquente. Sur l?autre aspect de la plainte de chérif Bah, c?est à dire le remboursement des montants déjà tirés des caisses de la BCRG, le Président de la République avait préféré responsabilisé son Premier Ministre de l?époque, Maître Lamine Sidibé auquel il avait confié le dossier.
Maître Lamine Sidimé, quand il avait regroupé les principaux acteurs autour d?une affaire aussi grave et sérieuse que la sortie jugée frauduleuse de plus de 20 millions de dollars par bons de caisse??, au lieu de chercher à clarifier les accusations et situer les responsabilités a, au contraire, voulu résumer l?affaire en un conflit personnel opposant le gouverneur Chérif Bah au vice gouverneur Fodé Soumah. Et que lui, en tant que Premier ministre de la République, a été changé par le chef de l?Etat de régler le différend entre
??deux frères??. A cette façon de maître Sidimé voir le dossier, Chérif Bah s?était insurgé en affirmant n?être pas venu à la réunion pour régler un conflit personnel l?opposant à Elhadj Fodé Soumah avec lequel, dit-il, je n?ai aucun
problème, mais pour que le Pµremier ministre use de son pouvoir et permette à la BCRG de récupérer ses fonds. De son côté, le vice gouverneur s?était défendu en arguant avoir agit sur ordre du ministre des finances, Cheick Amadou Camara.
Finalement, l?ancien Premier ministre, maître Lamine Sidimé, s?avouera incapable de trancher dans l?affaire. La saisie du Président de l?assemblée
Nationale, Elhadj Aboubacar Somparé n?a pas permis non plus de situer les responsabilités. Finalement, le dossier a semblé s?être classé de lui même. Jusqu?au 1er mars 2004, date du décret présidentiel mettant fin aux fonctions de Chérif Bah à la BCRG.
Après son limogeage et sa mise à la retraite, en mars 2004, Ibrahima Chérif Bah avait exigé la clarification de l?affaire des bons de caisse avant toute passation de services du chef de l?Etat. ??Il n?est pas question, disait-il, que ce détournement soit imputé à ma gestion??. A cet effet, Chérif Bah avait encore tenté de voir le chef de l?Etat pour demander son arbitrage avant le passage de témoin à Alkaly Mohamed Daffé, son remplaçant à la tête de la BCRG. Seulement avait-il pu voir le chef de l?Etat ? Si oui, quelle avait été la réaction de ce dernier ?
Nul ne semble le savoir. Mais, lors du point de presse sanctionnant la toute première mission conjointe FMI/Banque Mondiale post remaniement ministériel du début d?année 2004, l?actuel gouverneur Alkaly Mohamed Daffé avait été interrogé sur l?affaire. Visiblement surpris et gêné par cette question, M. Daffé avait tout simplement textuellement répondu : << Ecoutez, j?ai hérité d?un héritage lourd, excusez-moi de ne pas répondre à votre question>>
LE REBONDISSEMENT:
Selon les indiscrétions qui circulent dans les couloirs de la BCRG, cette question et cette réponse du nouveau gouverneur avaient particulièrement retenu l?attention des membres de la mission conjointe FMI/BM et autres au point d?en faire du recouvrement intégral du montant compromis ou la justification du bien fondé de sa sortie l?une des conditionnalités de la reprise
avec la Guinée. Depuis, dit-on, les nouvelles autorités de l?Institution monétaire nationale se sont aussi engagées à étudier le dossier et à entreprendre, au besoin, les démarches de récupération des fonds sortis.
Ainsi, après examen, à la BCRG, la conclusion a été tirée que l?opération des bons de caisse était irrégulière. Et il a été décidé de procéder au recouvrement. L?abitrage transparent du president pour trancher: Le Chef de l?Etat, dit-on, a donné sa bénédiction à l?opération de récupération des fonds. Pour les nouvelles autorités de la BCRG, l?ancien vice gouverneur, Elhadj Fodé Soumah n?était pas habilité à procéder au système de bons de caisse en
faveur du PDG du groupe FUTUREL, Elhadj Mamadou Sylla et n?a même pas reçu d?instruction de l?ancien ministre des finances, Cheick Amadou Camara de régler les créances de l?homme d?affaires guinéen.
Dans cette logique, le gouverneur de la BCRG Alkaly Mohamed Daffé tient coûte que coûte au remboursement des montants incriminés. Pour le nouveau gouverneur de la BCRG, le fait que le nouveau ministre des finances, Madikaba Camara ne reconnaît pas et refuse de prendre en compte ces paiements effectués au compte du groupe Futurelec par l?ancien vice gouverneur, l?incite à entreprendre même des procédures judiciaires contre Fodé Soumah, ministre de la jeunesse et des sports afin d?obtenir le retour des fonds dans ses vides caveaux.
De son côté, le ministre des finances, Madikaba Camara (lire lettre) soutient que les créances du groupe FUTURELEC ont été déjà réglées par ses services
et même de plus de 8 millions de dollars de trop. Aujourd?hui, l?Etat parle de double paiement en faveur de FUTURELEC qu?il reproche d?être coupable du recyclage de ses factures. A ce titre, par rapport aux deux réclamations de la BCRG et du ministère des finances, le montant réclamé s?élèverait à plus de 30 millions de dollars.
Elhadj Fodé Soumah, on l?a vu, se défend en disant avoir exécuté les ordres de l?ancien ministre des finances Cheick Amadou Camara. En disant surtout que le PDG du groupe Futurelec, le bénéficiaire, a reconnu avoir perçu les fonds sortis. Sur l?affaire, nous avons tenté d?interroger l?ancien ministre des finances Cheick Amadou Camara, que nous avons rencontré à l?aéroport de
Conakry le vendredi 11 mars 2004. Ce dernier a dit refuser de ??mettre l?Etat dans la rue ??avant de lancer : « pensez-nous que l?Etat ce sont
les articles de vos journaux ???.
A cette vision de l?ancien ministre, nous avons repliqué en disant ??Non monsieur le ministre, ce n?est pas un affaire de journaux, c?est une affaire d?argent de l?Etat qui a donné lieu à des échanges de courriers aux contenus parfois salés entre le gouverneur de la BCRG, le ministre des finances, le ministre des sports et le PDG du Futurelec. Et l?un de ceux là, Elhadj Fodé Soumah ancien vice gouverneur et actuel ministre de la jeunesse affirme avoir exécuté vos ordres??.
??Qu?on s?en tienne donc à ç?? répond sèchement Cheick Amadou Camara, étrangement avare. L?ancien ministre des finances a cependant tenu à préciser : « Madikaba était chargé de la qualité des dépenses, et l?Etat c?est la continuité. Je n?ai rien à dire, ni à avoir dans cette affaires ».
De son côté, le PDG du groupe FUTURELEC, Elhadj Mamadou Sylla (lire lettre) a fait ses propres calculs et clame, haut et fort, que l?état guinéen, après déduction de toutes les sommes incriminées, lui reste devoir encore plus 30 millions de dollars. Pour Mamadou Sylla, quelle que soit la forme, c?est le montant qui compte. Sur ce terrain, il estime que l?Etat lui doit plus qu?il n?est
perçu. Comme on le constate donc, chaque partie reste campée sur sa position et la confusion reste totale.
Mais la vérité est que seule l?implication visible et transparente du Président de la République en regroupant tous les acteurs du dossier pourra faire la lumière sur l?affaire. Le statu quo ne lui profitera point. Il ne pourra pas justifier un jour que ses proches ont été accusés, à tort ou à raison, de détournement et que cette accusation n?a été ni prouvée, ni démentie. La balle est donc dans le camp du général. Soit, Elhadj Fodé Soumah et Elhadj Mamadou Sylla ne sont pas coupables des accusations portées contre eux, il faut alors les blanchir. Soit, les deux proches du général sont coupables des faits à eux reprochés, auquel cas, ils ne doivent pas s?abriter sous son parapluie et bénéficier de sa protection, pour permettre à l?Etat de prendre les mesures qui s?imposent conformément à la loi pour rentrer dans ses droits. Pour éviter tout soupçon et toute interprétation, cet arbitrage devrait se faire dans la transparence totale.
Au moment où en France et dans les autres pays développés, la lutte contre la corruption est devenue une priorité, les ministres sont contraints à la démission à cause de montants relativement plus petits, soulever et laisser planer le doute autour d?un détournement, supposé ou réel, d?une somme de plus de 30 millions de dollars dans un pauvre pays africain, privé de concours extérieur, est suicidaire. Il faut donc faire la clarification. L?opinion, les bailleurs de fonds, sans verser dans aucune conclusion, s?inscrivent dans le même sens. A suivre .
Abdoulaye CONDÉ
Directeur de la publication de '' La nouvelle tribune''
30 millions de dollars évaporés entre un ministre et un grand patron
Le ministre de la Jeunesse et des Sports, Fodé Soumah, ancien vice-gouverneur de la Banque centrale de Guinée, ainsi que le patron de la tentaculaire holding Futurelec, Mamadou Sylla, se seraient servis dans les caisses de l?Etat, détournant à leur profit quelque 30 millions de dollars au moins entre 2002 et 2004. Les deux hebdomadaires guinéens qui viennent de mettre l?affaire sur la place publique, La Lance et L?observateur, en veulent pour preuve accablante une lettre du gouverneur de la Banque centrale de Guinée, Alkali Mohamed Daffé, adressée le 8 mars à Fodé Soumah. Faisant état de procédures illégales dans le déblocage de fonds publics et de commandes payées d?avance par l?Etat guinéen mais jamais honorées ou même payées deux fois, Alkali Daffé somme les deux hommes de rembourser.
Dans sa lettre, le gouverneur de la Banque centrale rappelle que lorsque l?Etat émet un ordre de paiement, celui-ci est exécuté par chèque ou même sous forme de virement mais jamais par bons de caisse, comme l?a fait Fodé Soumah au profit de Mamadou Sylla. Il reproche en outre à l?ancien vice-gouverneur d?avoir transformé en ordre de paiement immédiat des lettres d?engagement garantissant le règlement final des commandes. L?Etat guinéen a ainsi payé d?avance des 4x4 jamais livrés, pour un montant de quelque 8 millions de dollars. Pire encore, le ministre de l?Economie et des Finances, Cheikh Amadou Camara, assure aujourd?hui que ses services ont payé les factures présentées par Fodé Soumah pour justifier 22 millions de dollars de bons de caisse tirés à son initiative pour les paiements immédiats dénoncés par le gouverneur de la Banque centrale. L?Etat aurait donc payé deux fois. Un pataquès visiblement organisé et qui pourrait avoir coûté au Trésor public bien plus encore que les 30 millions de dollars évanouis dans le circuit qui mène à Mamadou Sylla.
L?Etat guinéen, un marché captif pour Mamadou Sylla
«Homme d?affaires» parti de rien, fils d?un marabout de Boké (dans le Nord-Ouest) qui avait lui-même vainement cherché fortune dans la région diamantifère de Banankore, le quadragénaire Mamadou Sylla est monté très vite jusqu?aux sommets de l?Etat. Et cela depuis septembre 2001 et l?attaque lancée contre la Guinée par des rebelles venus du Libéria et de Sierra Leone. Les mauvaises langues attribuent son ascension au trafic d?armes qui lui aurait rapidement permis de conquérir les grâces présidentielles de Lansana Conté avant de monopoliser les rares secteurs lucratifs du pays ( agriculture, bâtiment et travaux publics, hôtellerie et autres activités commerciales) représentés dans la douzaine de filiales de sa holding, Futurelec.
Globe-trotter, Mamadou Sylla s?essaie en Gambie où il est en train de construire une succursale de Futurelec et au Sénégal où il projette d?installer son siège au c?ur d?un projet immobilier d?envergure. Bien sûr, il dispose de sa propre flotte aérienne pour circuler ou transporter ses marchandises en toute discrétion. Il a même fondé Air Guinée Express sur les cendres de la compagnie nationale en 2002. Il n?a pas manqué non plus, dans la même période, de supplanter le concessionnaire libanais de Toyota à Conakry. Cela a été d?autant moins difficile que, finalement, l?Etat guinéen constitue pour lui un marché captif. A 60 ou 80 000 dollars pièce, les Toyota 4X4 ouvrent bien des portes. En tout cas, pour sa défense, El Hadj Mamadou Sylla assure aujourd?hui que l?Etat guinéen reste son débiteur, y compris pour les véhicules qu?il aurait «oublié» de livrer. Habile et prompt au jeu de la calculette, il explique sans vergogne que les taux de change entre le franc-guinéen, le dollar et l?euro ont joué en sa faveur, d?une nouvelle poignée de millions. Sommé de rembourser, il réclame.
La rigueur budgétaire, condition de l?aide internationale
Rapportés aux recettes du budget de l?Etat guinéen (410, 7 millions de dollars en 2003), les 30 millions de dollars évaporés ne sont pas une goutte d?eau. Surtout dans un pays où le déficit budgétaire (quelque 300 millions de dollars en 2003) creuse une dette extérieure estimée à 3, 25 milliards de dollars en 2001. La Guinée a connu récemment des émeutes de la misère. Elle ne reçoit plus d?aide multilatérale depuis que la Banque mondiale et le Fonds monétaire international lui ont coupé les vivres en 2004 pour «défaut de paiement». Mais une lueur d?espoir était en train de se profiler avec en particulier la récente mission de la Banque mondiale venu prendre la mesure du programme de sortie de crise élaboré par le Premier ministre.
Fin février, la Banque mondiale a promis de soutenir le budget, à certaines conditions. Toutes n?ont bien sur pas été rendues publiques. Mais il est clair que si les bailleurs de fonds internationaux peuvent envisager de renouer avec la Guinée si le plan de lutte contre la pauvreté annoncé prend tournure, ils exigent aussi d?elle une rigueur budgétaire qui ne saurait voir des millions de dollars se muer en 4x4 virtuels ou bel et bien livrés. Ceci éclaire sans doute l?action du gouverneur de la Banque centrale contre deux personnalités proches du chef de l?Etat mais peut-être un peu trop voyantes dans les allées du pouvoir où rivalisent «dépensiers» et partisans d?une remise en marche de la machine économique.
par Monique Mas











