Interview de Mademoiselle Diakité MahawaDe plus en plus les jeunes filles guinéennes s’engagent dans des activités diverses de la vie nationale pour donner raison au combat de l’égalité entre les sexes. Nous avons rencontré une étudiante qui dirige un projet de lutte contre le sida au sein de son ONG. Mahawa Diakité nous parle sans tabous du combat qu’elle mène pour les filles de son pays.
RKK : Présentez vous à nos lecteurs
Diakité : Je suis Mahawa DIAKITE, je viens juste de terminer mes études médicales et je travaille actuellement sur ma thèse de doctorat en médecine au service de Chirurgie Pédiatrique du CHU Donka. Je suis également membre de l’association « Amis de la Santé » au sein de la quelle je coordonne un projet intitulé « Halte Sida, les étudiantes s’engagent ».
RKK : Vous dirigez justement un projet au titre évocateur : « Halte Sida, les étudiantes s’engagent » ; qu’est ce à dire ?
Diakité : « Halte Sida, les étudiantes s’engagent » est un projet de valorisation du genre en matière de lutte contre les infections sexuellement transmissibles et le VIH/SIDA en Guinée. Il vise à outiller les étudiantes volontaires de connaissance appropriées sur les IST/VIH/SIDA afin qu’elles puissent sensibiliser leurs sœurs dans les quartiers.
Le public cible est constitué par les filles et femmes des centres de couture et de coiffure.
RKK : Expliquez nous comment est né ce projet ?
Diakité : « Halte sida » est un projet qui répond à l’un des objectifs de notre association dont la mission principale est la promotion de la santé des populations guinéennes. Comme vous le savez, le problème du VIH/SIDA n’est plus une question de santé publique mais un véritable obstacle au développement surtout pour des pays comme le nôtre. Ce projet est donc né d’un constat :
il est établit aujourd’hui que les femmes sont les plus exposées et les plus vulnérables au virus du sida, tant sur le plan économique, social que biologique. Donc, si nous voulons combattre cette maladie, il est important qu’elles prennent une part active à sa prévention. Les étudiantes, futures élites de la gent féminine nationale sont bien placées pour diriger cette lutte. Voilà tout le fondement du projet.
RKK : En tant qu’étudiante, diriger un projet ne représente – t- il pas une lourde responsabilité ?
Diakité : C’est une lourde responsabilité en effet. Concilier les études avec d’autres activités comme diriger un projet d’une si grande importance n’est pas du tout aisé, surtout s’il s’agit d’études médicales. Mais ne dit-on pas « qu’à cœur vaillant rien d’impossible » !
En tant qu’étudiante en médecine, je me réjouis énormément de diriger un projet qui vise à préserver la santé des populations. Par ailleurs je vous dirai que souvent on a juste besoin de s’organiser un peu pour réussir : la preuve est que malgré les charges de ce projet j’ai validé toutes mes matières à la première session (NDLR : avec 7 de moyenne SVP !)
RKK : Quelles compétences avez vous en matière de lutte contre les IST/VIH/SIDA ?
Diakité : J’ai déjà suivi plusieurs séminaires de formation avec le comité Genre et Equité du ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique. Grâce à cette expérience, je suis aujourd’hui formatrice sur les techniques d’animations et de communication pour le changement de comportements face aux IST/VIH/SIDA.
RKK : Personnellement que faites vous pour vous protéger du VIH/SIDA ?
Diakité : Personnellement ? Euh….Moi j’ai décidé depuis longtemps de pratiquer l’abstinence jusqu’à mon mariage. C’est le moyen le plus sûr à mon avis. Mais en plus de ce choix, j’utilise un kit personnel de coiffure, de manucure et de pédicure afin de mettre toutes les chances de mon côté.
RKK : Quelles sont les activités que vous avez réalisées au compte de « Halte Sida » ?
Diakité : Je dois vous préciser que les différentes activités que nous avons menées se situent dans le cadre du projet pilote. La première activité a consisté en une enquête préliminaire auprès de 55 jeunes filles et femmes de 5 centres de couture et coiffure dans la commune de Ratoma Les résultats de cette enquête ont montré que 9% seulement de ces filles étaient mariées alors que 80% d’entre elles avaient régulièrement des rapports sexuels.
En outre, l’enquête a révélé une faible utilisation du préservatif par les partenaires de ces filles : 71% d’entre les filles interviewées reconnaissent n’avoir pas exigé le préservatif à leurs partenaires de façon systématique au cours des trois derniers rapports sexuels.
La deuxième activité a porté sur le recrutement et la formation de 14 étudiantes de l’université de Conakry, toutes facultés confondues, en matière de communication pour le changement de comportements face aux IST/VIH/SIDA.
A ces 14 étudiantes guinéennes sont venues s’ajouter deux étudiantes françaises de l’association ACTES de Lyon (Association de Coopération avec le Tiers Monde pour l’Education et la Santé).
La dernière activité fut la réalisation des séances de sensibilisations dans 20 centres de couture et coiffure de la commune de Ratoma. Nous avons constitué 8 équipes mobiles et réalisé au total 40 séances de sensibilisation pendant une semaine, du 22 au 29 Juillet 2004.
RKK : Il paraît que vous avez bénéficié d’un soutien extérieur pour la mise en œuvre de ce projet….
Diakité : En effet, Nathalie et Thiphaine, les deux françaises dont j’ai parlé plus haut, ont apporté 1200 préservatifs pour le projet. Leur association a également pris en charge la confection de 50 T-shorts ayant servi comme matériel de campagne. C’est le lieu de leur témoigner toute notre reconnaissance.
RKK : Et au niveau national, avez vous bénéficié d’un soutien quelconque ?
Diakité : Non ! je dois avouer que le projet n’a pas bénéficié de soutien au niveau national. Toutes les activités dont j’ai parlé ont été réalisées grâce aux cotisations volontaires des membres de l’association dont il faut saluer ici le courage et la détermination.
RKK : Pourtant il me semble que votre ONG figure dans le répertoire du Comité national de lutte contre le sida….
Diakité : C’est exact. Nous allons bientôt lui tendre la main, maintenant que la phase pilote est terminée sur une note de succès.
RKK : Quels sont vos constats après cette phase pilote ?
Diakité : D’une part nous avons découvert avec stupéfaction que la majorité des filles dans les centres de couture et de coiffure touchés ont des infections sexuellement transmissibles. D’autre part et ce fut l’intérêt de notre action, nous avons pu fournir aux filles l’information appropriée pour se protéger du VIH/SIDA et pour assurer la prise en charge correcte des infections sexuellement transmissibles courantes comme la gonococcie.
RKK : Le fait que ce soit des filles qui parlent aux filles facilite – t – il à votre avis l’appropriation des connaissances ?
Diakité : Vous savez, dans nos sociétés, parler du sexe demeure toujours un tabou qu’il est difficile de briser. Mettre en contact des filles entre elles, autour des questions de sexualité, est un moyen de vaincre les réticences des unes et des autres. Nous avons été les témoins oculaires d’un échange facile et fructueux de connaissances entre les étudiantes et leurs sœurs moins lettrées.
RKK : Quelles sont vos perspectives avec « Halte Sida » ?
Diakité : Ce serait un gâchis de s’arrêter en si bon chemin ! Après cette phase pilote couronnée par un succès franc, nous avons montré qu’il est possible pour les femmes de prendre en main les questions qui les concernent et de les résoudre. A présent, nous souhaitons étendre les activités du projet à toute la commune. Si nous avons l’appui des structures nationales et internationales, nous allons tout naturellement toucher les autres communes et sans l’ombre d’un doute nous étendre à l’intérieur du pays.
Tout est une question de moyens. Et je pense que ceux qui en possèdent devraient aider les femmes à travers « Halte Sida, les étudiantes s’engagent » à lutter contre les IST/VIH/SIDA en Guinée. Dans les semaines à venir, nous allons approcher le Comité national de lutte contre le sida où nous espérons trouver des oreilles attentives. Nous comptons également approcher des structures comme le FNUAP, FHI ou encore AFRICARE-Guinée.
RKK : Avez vous un message particulier ?
Diakité : Oui ! Je profite de votre tribune pour interpeller toutes les étudiantes du pays à rallier ce projet de façon volontaire. Il s’agit d’un combat national que nous devons gagner à tout prix. « Halte Sida » est un créneau qui nous interpelle face au VIH/SIDA.
Je demande aux autorités de nous aider mais aussi à tous vos lecteurs et lectrices qui le peuvent de nous appuyer car il s’agit des femmes guinéennes de demain qu’il faut protéger.
Je ne saurais terminer ce message sans vous remercier de cette opportunité. Il est très rare de lire l’interview de jeunes dans nos médias, plus encore lorsqu’il s’agit d’une fille. Merci !
RKK : Comment vous joindre dans ce cas?
Diakité : Voici mes coordonnées : Tél. :(224) 33 41 59
Email : mahawadiak@yahoo.fr (ou) : amis_sante@yahoo.fr
Interview realisee par Alexendre Delamou
Correspondent permanent r-kk a Conakry
pour la @voix de Mandingue
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