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Amirou Conté

Amirou Conté



Amirou Conté

Mohamed Amirou Conté, patron de l’agence culturelle Festi-Kaloum est le directeur du Festival International de théâtre. Economiste de formation, il est l'actuel directeur général de l’Office Guinéen de Publicité (OGP). Marié et père de trois enfants, il nous parle de son expérience au théâtre, sa structure Festi-kaloum, l’OGP, le festival international de théâtre et l’Institut Supérieur des Arts de Guinée. Lisez la suite.

« Il faut la création d’un ministère uniquement en charge de la culture afin de régler les énormes problèmes qui se posent aux secteurs culturels guinéens dans les domaines de la formation, la diffusion, la création, la promotion, la communication et surtout la diffusion à l’étranger car nos produits culturels ne sont pas très diffusés hors de nos frontières. Dans le cas contraire, c’est de renforcer la direction nationale de la culture » dixit Mohamed Amirou Conté.

 

Présentez-vous à nos lecteurs ?

Amirou Conté : Je suis Mohamed Amirou Conté, Economiste de formation, Directeur Général de l’Office guinéen de Publicité, Directeur Général de l’Agence culturelle Festi-Kaloum et Directeur du Festival International de théâtre.

 

Comment êtes-vous arrivé au théâtre?
En fait, c’est par amour que je suis arrivé au théâtre. Depuis l’école primaire, je faisais du théâtre parce qu’à cette époque, il y avait une certaine organisation dans les écoles, ce qui permettait aux élèves et étudiants de faire du théâtre. De l’école primaire jusqu'à l’université, j’ai toujours évolué dans les troupes de théâtre, chant, récital, chanson populaire et ballet. Et un jour, j’ai été retenu par la troupe universitaire nationale dirigée par Moussa Célestin Camara. Parallèlement à ces activités, je fus pionnier au niveau de la brigade nationale des pionniers. Je dirigeais la troupe de la brigade nationale des pionniers gérée par Ousmane Keita (O.K) et donc je suivais les études, les activités théâtrales dans les troupes universitaires et dans la brigade des pionniers. Donc c’est plus qu’un métier pour moi, c’est une passion. Aujourd’hui, je suis un publicitaire et c’est ça mon métier. Tout ce qui est aspect culturel, je le fais par amour. C’est pourquoi, je mets aujourd’hui le théâtre au centre de ma vie. L'une de mes préoccupations,c'est de sortir ce domaine de la culture de l’ornière. D'où la création du festival international de théâtre de Guinée et d’autres activités de théâtre que nous avons organisées. Plus qu’un métier, c’est une passion.


 
Que représente le théâtre pour vous ?
Le théâtre représente beaucoup de choses pour moi. Il m’a permis d’être connu partout en Guinée, de m’affirmer, de parler devant un grand public sans aucun trac, sans aucun complexe et sans aucune peur. Si je suis connu sur le plan de mon travail à l’Office Guinéen de Publicité, c’est en grande partie grâce au théâtre. La culture en général et le théâtre en particulier est très important pour moi.

 


Concrètement, qu’est ce qu’il vous a apporté ?
Le théâtre m’a apporté tout l’honneur, le respect et la considération des populations guinéennes. On ne peut pas parler du matériel pendant que nous sommes dans un pays où la culture n’est pas bien organisée. Mais, le jour où l’on verra les plans de développement pour le secteur de la culture, j’espère que les hommes de théâtre pourront vivre de leur art. Mais comme le théâtre nous a apporté beaucoup de choses, c’est à nous aujourd’hui de remettre le théâtre guinéen sur les rails.


 
Voulez-vous dire que le théâtre ne nourrit pas son homme en Guinée ?
Je dis non. Les acteurs de théâtre ne vivent pas de leur art.

Votre première scène de théâtre?
Ma première parution sur une scène entant qu’acteur de théâtre fut à l’école primaire de Tombo dans le spectacle «la Charte de Kouroukan Fouga » qui a d’ailleurs été primé meilleur spectacle de Conakry 1 à l'époque. Avec ce spectacle, on a souvent joué au palais du peuple, c’était le meilleur spectacle des scolaires, c’est à dire du primaire au secondaire.

 

Votre premier cachet, c’était où et quand ?
Quand on parle de cachet, c’est un peu compliqué. C’est bien après la prise du pouvoir par l’armée en 1984 qu’on a commencé à parler de cachet au niveau des prestations que nous faisions. Il faut dire que nous étions dans un régime qui représentait tout, c’était la révolution. Mon premier cachet, c’était lors des rencontres théâtrales de Conakry de l’association des hommes de théâtre de Guinée avec la compagnie Africa Style de Guinée, le nouveau nom de la troupe universitaire.

 

A combien le cachet s’élevait ?
Je ne me rappelle plus du montant. Mais en fait, ce n’était pas un cachet proprement dit, c’était une prime d’encouragement. Parlant de cachet ici, c’est le festival de théâtre qui a commencé à donner des cachets aux prestations de théâtre et bien entendu ceux qui jouent au centre culturel franco-guinéen. En réalité, peut-on l’appeler cachet ? Je dirai non. Avec toutes les prestations, efforts et énergies que les comédiens fournissent sur le terrain, je pense qu’il reste encore de choses à faire pour donner un véritable cachet à un spectacle de théâtre dans notre pays.

 

Votre plus grande peur sur la scène ?
Depuis que j’ai commencé à jouer ou à monter sur une scène, j’ai toujours peur. Il n’y a pas un comédien ou un acteur qui n’a pas le trac quand il doit être sur une scène. Donc pour moi, toutes les peurs sont les mêmes et c’est pourquoi, quand on joue au théâtre, on demande toujours une certaine concentration avant le spectacle, faire un vide autour de soi. Quelque soit le spectacle, même si c’est pour lire un texte de poésie devant le public, j’ai toujours peur du début jusqu’à la fin. J’ai peur du public, peur de ne pas bien jouer, de ne pas mieux rendre, de me tromper parce que ce sont des textes qu’on apprend, j’ai toujours peur. C’est quand on fini de jouer que les gens viennent pour nous féliciter et ça nous fait assez de bien. On est content. Mais on a toujours peur.

 

Votre plus grande joie après une prestation ?
C’est avec le spectacle ‘’le Tana de Soumangourou Kanté’’, un texte d`Ahmed Tidjani Cissé dans lequel, j’ai incarné le rôle principal, celui de Soumangourou Kanté depuis que l’auteur est rentré en Guinée. Quand la Radio France Internationale (RFI) a organisé ‘’le prix Découverte’’ en 1990 en Guinée, c’est en ce moment qu’on a mis en scène ce spectacle. Monique Blaine, une des responsables et directrice du Festival de Limoges a vu le spectacle dans la salle des fêtes de la permanence à Conakry 2 et a dit ceci: « j’ai vu, j’ai entendu ce spectacle sur les antennes de la R F I parce que le théâtre radiophonique a été fait. Mais, c’est aujourd’hui que j’ai compris ce spectacle. Vous avez des personnages qui jouent très bien ». Je n’étais pas seul. Il y avait Ansoumane Djéssira Condé, Amine Touré, Aïssata Deen Magassouba, Kandet Oumar Sylla et beaucoup d`autres personnes car on était environ une trentaine de personnes. Ce soir là, j’ai dit à cette dame que nous sommes des africains et nous comprenons bien l’histoire. Et quand on doit la jouer, il faut qu’on aille d`abord à l’école pour savoir comment ça se passe. Donc on comprend mieux l`histoire que les comédiens étrangers que vous avez pris pour jouer le théâtre radiophonique. Elle a dit que si le nombre n’était élevé, elle allait inviter la compagnie à Limoges. C’était vraiment une satisfaction pour moi. A chaque fois qu’on a joué cette pièce, les spectateurs nous ont toujours félicité pour la qualité du spectacle. Donc voilà une des grandes joies de mon parcours sur le plan théâtral.

 

Votre plus grande déception ?
C’était à l’université de Conakry. On jouait un récital et le lead vocal a pris une mauvaise gamme. Comme vous connaissez l`université, les étudiants crient toujours sur les mauvais acteurs. Ils ont vraiment hué la troupe ce jour-là. Alors, j’étais obligé de prendre le micro et de chanter comme un griot afin de sauver la face. Quand on a fini le spectacle, les étudiants avaient oublié ce qui s’était passé. Franchement, j’ai eu vraiment très peur ce jour là parce que jouer à l`université n’est pas chose aisée pour tout le monde.

 

Votre premier voyage à l’étranger, comment cela s’est passé?
C’était à Tripoli en 1983 avec la troupe universitaire à l’occasion du deuxième festival panafricain de théâtre. Nous avons joué une chanson populaire et un récital au cinéma El Cadra et là aussi, c’était franchement une déception parce que le premier coup de baguette du balafongiste était une fausse note. Donc nous avons chanté faux du début jusqu’à la fin. Monsieur Moussa Célestin Camara qui était le directeur de la troupe universitaire est sorti de la salle pour fumer sans cesse. Et quand on est monté dans le bus après notre prestation pour regagner notre site d’hébergement, personne ne s’est adressé à son prochain. Mais deux jours après, on devait jouer dans un cirque et ce jour-là, on a vraiment bien joué et on a oublié ce qui s’est passé au cinéma El Cadra. Pour finir tout s’est bien passé à Tripoli en Libye.

 

Votre premier cadeau après un spectacle?
Je crois que c’était toujours à Tripoli. Quand on a fini de jouer, un spectateur tunisien m’a offert un très joli chapeau. Je l’ai gardé un certain temps avant de le perdre. C’est un souvenir que j’ai gardé longtemps.

 

Comment l'agence culturelle Festi-Kalouma été créée ?
L’agence culturelle Festi-Kaloum a été créée en 1993 à Conakry. C'était dans le souci de promouvoir le théâtre guinéen et étant loin des planchers, Ansoumane Djéssira Condé, Abdoulaye Diallo, Amine Touré et quelques autres amis qui s’intéressent à la culture à savoir Idrissa Camara, feu Georges Cissé qui était réalisateur à la RTG, Madame Kadet Seck et Capitaine Ibrahima Fofana en service à Genève au compte de l’ONU et moi se sont réunis pour créer cette agence. Mais de discussions en discussions, on a constaté qu’on ne pouvait pas s’enfermer dans la seule promotion du théâtre. Donc on a mis sur pieds, l’agence culturelle Festi-kaloum avec pour seul objectif principal, la promotion de la culture guinéenne à Conakry et à l’extérieur. Après obtention de l'agrément en 1994, on a organisé la soirée de lancement où on a fait jouer le groupe musical, les Etoiles de Boulbinet et la pièce théâtrale ''le tana de Soumangourou Kanté'' de Africa Style de Guinée où d’ailleurs, la plus part des membres de Festi-Kaloum sont issus et depuis, on a créé nos propres produits qui sont la ronde des poètes et espace culture. La ronde des poètes est une tribune de promotion et de découverte des poètes guinéens. Espace culture, quant à lui est une tribune un promotion de découverte et de promotion des hommes de culture de tous bords.

 

Quelles sont les activités concrètes que vous aviez menées sur le terrain ?
Elles sont nombreuses. Aujourd’hui, nous sommes à seize éditions chacune de la ronde des poètes et de Espace Culture. Nous avons aussi organisé le festival des Arts et de la culture pour l’environnement à Boké avec un financement de l’union Européenne et nous avons accompagné des structures dans l’organisation du festival pastoral du Fouta avec Zénab Koumandjo Diallo et son musée. Nous avons assisté l’association des hommes de théâtre dans l’organisation de la mise en œuvre des rencontres théâtrales de Conakry. Nous avons lancé le festival international de théâtre de Guinée qui vient de boucler sa sixième édition le 1er mars dernier. Nous avons participé à l’élaboration et à la mise en œuvre de la première biennale de percussions en Guinée et c’est la raison pour laquelle, l'agence a demandé au ministère en charge de la culture de lui confier la réalisation du projet ''Guinée pays de percussions'' qui a trois variantes, le concours national de percussions, la biennale internationale de percussions et le centre international de percussions, nous l’avons obtenu et nous avons continuer le projet « Guinée pays de percussions » parce que la direction nationale de la Culture avait organisé les trois premières éditions et nous les trois autres, ce qui nous amène à six éditions. Nous avons aussi monté un projet de formation en management culturel et dans la recherche de financement qui est important car nous sommes confrontés à un problème entier de formation des professionnels des métiers de la culture. Voila en gros ce que je peux dire sur l’agence culturelle Festi-Kaloum sans oublier que nous avions participé à la réalisation de beaucoup de magazines, de poésies avec la Radio Télévision Guinéenne (RTG) et aussi animé des émissions de théâtre au niveau de la RTG pour sensibiliser les gens sur le théâtre guinéen.

 

A quand vos prochaines manifestations?
En décembre 2009, l’agence va organiser la biennale internationale de percussions puisse que le festival international de théâtral deviendra aussi une biennale. Cette année, si nous gagnons les moyens, on veux vraiment ouvrir le centre international de percussions et si nous les avons pas, on va prendre des bureaux, commencer par archiver les troupes de percussions et de danse de notre pays en faisant leur présentation, leur historique, leur fiche. On va commencer par une banque de données puis évoluer sur tout ce qu'on peut faire pour le développement de la percussion et de la danse en Guinée. Il ne faut pas leurrer, les autres ont des labels et le label guinéen, c'est la percussion, c'est pour cela le projet «Guinée pays de percussions a son nom ».


 
Le 1er mars dernier, la sixième édition du festival international de théâtre a fermé ses rideaux au CCFG avec un véritable succès. Mais quelques jours auparavant, vous étiez sur le point de le reporter une seconde fois. Que s'est-il passé ?
Oui, je peux dire que le festival international de théâtre de Guinée grandit de jour en jour et c’était l’avis de plusieurs observateurs présents au CCFG qui ont trouvé cette édition bien organisée. Mais, c’est quand même paradoxal. Trois semaines avant le lancement, le centre culturel franco guinéen qui devrait abriter le festival n'était pas encore disponible à cause de sa rénovation. On était sur le point de le reporter une seconde fois parce qu'on était confronté à un problème de financement pour faire venir des compagnies étrangères. Mais finalement, on a décidé de le faire par tous les moyens et on ne regrette rien parce que le festival a connu un succès éclatant. Nous avons réalisé toutes nos prévisions à 99 pour cent.

 

Toutes les compagnies programmées étaient présentes, seulement le Niger. Pourquoi?
Cette année, il faut dire que le festival international de théâtre a connu la participation de sept compagnies guinéennes avec des spectacles pas de moindres. Les cinq compagnies étrangères invitées, Sénégal, Mali, République Démocratique du Congo et la France étaient présentes avec des spectacles époustouflants comme celui du Sénégal. Cette sixième édition a aussi battu le record en terme d'affluence chez les spectateurs et heureusement que la salle du centre culturel est maintenant climatisée. Le public était là à tout moment et cela plaît à un acteur. La compagnie nigérienne n'est pas arrivée à Conakry mais cela n'était pas de notre faute. A une semaine du festival, deux de leurs acteurs étaient malades et ils ne pouvaient pas être remplacer. Donc les responsables de la troupe ont préféré rester à la maison. Sinon toutes les dispositions étaient prises pour accueillir toutes les compagnies.

 

N’aviez-vous pas rencontré assez de difficultés dans l’organisation de cette 6ème édition du festival de théâtre ?
Il faut dire que dans toute organisation, on rencontre toujours des petits problèmes sur le terrain et cela nous amène à revoir notre dispositif organisationnel pour la prochaine édition. Mais cette fois-ci, on a pu limiter les dégâts. Certaines compagnies comme le Mali et le Congo sont arrivées par la routev à partir de Bamako. Sur le plan de l’hébergement, tout était près parce que le ministère en charge de la culture a pris en compte l’hébergement et la restauration des festivaliers étrangers. Ce qui était une très bonne chose. Dans l’ensemble, tout s’est bien passé.  C’est vrai qu’on s’est appauvrit mais on n’est pas aussi endetté, ce qui est une victoire pour un organisateur d’un évènement culturel en Guinée. Je crois que c’est une très bonne chose.

 

Nombreux observateurs et étudiants de l'Institut Supérieur des Arts de Guinée (ISAG) qui sont déçus de ne pas voir une pièce du département de l'art dramatique à ce festival. Que s’est-il réellement passé ?
Nous faisons la sélection en fonction des spectacles qui sont présents. On ne peut pas imposer à une structure de faire un spectacle parce qu’il y avait d'autres troupes guinéennes qui n’ont pas participé au festival. Mais la participation de l’ISAG est toujours revenue à toutes les éditions qui ont trouvé l'ISAG déjà créé. C’est vrai que cet institut devrait quand même présenter un spectacle pendant le festival de théâtre parce que c’est le meilleur moment pour les étudiants du département de l’art dramatique de s’exprimer, de voir comment les autres travaillent et peut-être sortir une co-production ou un travail avec les autres compagnies au niveau de l’ISAG. Il faut qu’eux-mêmes fournissent un effort, c'est très important.

 


Je pense que ces différentes questions sont arrivées à la direction générale de l’ISAG, ce que les gens ne savent pas aussi, c’est que le directeur général de l’institut, monsieur Siba Fassou est un metteur en scène de théâtre. Donc ne pas voir un spectacle de ces jeunes étudiants au festival international de théâtre de Guinée, ils ont raison de poser cette question. C’est leur préoccupation, même les étudiants qui étaient tout le temps là parce que le centre culturel qui est un partenaire à nous avait mis une organisation en place pour faire venir ces étudiants tous les jours. C’est vrai que c’était cher, un million (1.000.000) de francs guinéens par jour. Le dernier jour, le centre culturel ne pouvait pas mais ils sont venus d’eux-mêmes pour voir le spectacle parce qu’ils savaient, surtout les étudiants du département de l’art dramatique avaient quelque chose à apprendre là, ils avaient des comédiens guinéens et étrangers à rencontrer parce que les étudiants de l’art dramatique, un de leurs métiers, c’est de jouer sur scène, c’est d'être acteur et on a pas beaucoup de manifestations de théâtre en Guinée. La seule manifestation qui est structurée aujourd’hui, c’est le festival international de théâtre. Je suis d’accord avec vous que l’ISAG devrait participer à ce festival. J’espère que la prochaine édition, on aura un spectacle de cet institut ici. Moi, depuis la création de l’ISAG, je n’ai vu qu’un seul spectacle et on ne pouvait pas le programmer au festival parce qu’il ne répondait pas aux normes et à nos critères de choix.

 

Pourquoi et qu'est-ce qui leur a manqué?
Le festival international de théâtre de Guinée est professionnel. On ne pouvait pas accepter qu’une seule troupe joue et une autre ne puisse pas jouer parce qu’il avait un décor impressionnant sur scène avec des salons. C’était quand même difficile à programmer ce spectacle qui était aussi long deux heures et chez nous, c’est une heure, 1h10mn ou 15 minutes au maximum pour les spectacles que nous programmons. Nous insistons beaucoup sur le temps parce qu'il y avait deux spectacles par jour. Si on joue deux spectacles de deux heures par jour, j’espère que le spectateur ne va pas comprendre. Nous ne sommes pas en Europe, en Afrique, un spectacle se joue de trait, donc voila ce que je peux dire sur l’ISAG mais c’est vraiment dommage et je pense que la direction de cet institut prendra des dispositions pour la prochaine édition.

 

Votre regard sur le théâtre guinéen d’aujourd’hui.
Bon, il faut dire que le théâtre guinéen évolue énormément avec la naissance de plusieurs compagnies privées, ce qui n'était pas évident, il y a dix ou quinze en arrière. Nous sommes aujourd'hui pour le théâtre professionnel, c'est-à-dire des spectacles de qualité qui nous permettent de participer à des rencontres sous-régionale, africaine et internationale. Mais là, il y a des exigences à respecter sur le nombre de comédiens, la mise en scène, le texte que l'on doit tout maîtriser. Il faut travailler de manière professionnelle pour mieux vendre sa culture. Dans le passé, on comptait 25 ou 30 personnes pour une pièce de théâtre même s'il y avait en ce moment, un soutien de l'Etat derrière toutes les troupes régionale et préfectorale de théâtre parce que l'Etat avait fait de la culture, une priorité. Mais aujourd’hui, 5, 6 ou10 acteurs c’est raisonnable, donc il y a une certaine évolution. Il faut que les arts et la culture regagnent leur place d'antan afin d'appuyer les créations et la diffusion des oeuvres artistiques et culturelles dans notre pays. Si cela se fait, je pense qu'on sera sur la même ligne ou devant les autres parce qu'ils viennent toujours apprécier ce que nous faisons et repartent chez eux. J’ai été manager de la compagnie théâtrale « les Sardines de Conakry » pendant trois ans et nous avons tourné dans la sous région, au Cameroun pour ne citer que ceci. Il suffit qu'on bénéficie d’un soutien pour qu'on ait les spectacles en Afrique de l'Ouest voire en Afrique.

 

Depuis un certain temps, plusieurs troupes de théâtre ont vu le jour. Quel message lancez-vous à l’endroit de ces jeunes qu’ils veulent embrasser la carrière de metteur en scène et d’acteur.
C’est la formation qui paye et c’est ce qui peut aider un comédien à aller de l’avant. Accepter d’apprendre car le théâtre n’est pas fait pour n’importe qui. S'ils veulent réussir, il faut qu’ils approchent ceux qui y sont déjà. Peut-être pas une formation académique mais ils ont besoin de recevoir les notions de base du théâtre. Comment se mettre sur scène, avoir une bonne diction, comment faire les intonations, les inflexions et la démarche, on a besoin de tout pour que ça marche.

 

L'ISAG existe depuis le 1er mars 2004, il comprend les départements de Musique, Art dramatique, Cinéma Audio-visuel, Beaux-Arts et de nombreuses filières. Entant qu’homme de culture, qu’est-ce que cet institut représente pour vous ?
En soi, c’est une bonne chose mais je pense que si on pouvait revoir ce qui se passe aujourd’hui à l’ISAG, j’espère que ce serait une très bonne chose parce que les étudiants se plaignent trop et c’est l’avenir de toute une génération qui est en jeu. Un exemple: quelqu’un qui fait des études d’art dramatique, quand il finira quel boulot va t-il réellement faire dans notre pays? Il va créer une compagnie ou va t-il jouer dans une compagnie où les hommes de théâtre ne vivent pas de leur art. Que se passet-il? Je pense qu'il y avait des préalables à faire avant la création de l’ISAG. C’est au supérieur qu’on va apprendre le solfège? Je dis non. Il faut dans le programme d’enseignement à partir du primaire ou du collège, introduire un programme de formation au métier des arts et de la culture, mais ce n’est pas au supérieur qu’on peut apprendre un instrument de musique pendant trois, quatre ou cinq ans. Comme toutes les autres branches, il faut qu’on arrive à mettre ou à imposer une base au niveau du primaire ou du secondaire. Le BA-ba au métier des arts, ce n'est pas au supérieur qu'on doit l'apprendre. Il faut qu’on soit mieux outiller pour affronter ce qui se passe. Par exemple, ce ne sont pas les étudiants du département d’art dramatique qui vont rivaliser ce qui sont déjà dans le théâtre depuis des années dans les troupes privées, qui se forment et qui reçoivent des metteurs en scène pour les encadrer. C’est ça le problème.

 

Quand on prend même la structure de l’institut, c'est-à-dire les infrastructures, je pense qu’on aurait dû faire des démarches pour être prêt. Dans un institut supérieur où l’on a pas une salle de spectacle équipée en lumière et son avec un podium ou un plancher vraiment qui permet aux comédiens de mieux rendre mais il ne pourront pas où on a pas des loges avec des miroirs avec tout ce qui s’en suit mais l’institut supérieur n’a rien de tout cela. Est-ce qu'il y a même un studio d'enregistrement? Voilà autant de questions que l’on se pose. Quand on va à l'ISAG, il ressemble à une école primaire. Il y a le problème d'infrastructure au niveau de l'institut qu’il faut régler pour ne pas sacrifier l’avenir de nos enfants, de nos jeunes frères et sœurs. Je crois que les autorités doivent normalement tabler sur cette question sinon on aura des problèmes avec les étudiants qui sortent et ça être aussi des aigris qu’on va former parce qu’ils n’ont rien appris à l’école. Ils seront sur le terrain et ils ne pourront rien faire. C’est ça le problème de l’institut supérieur des arts. Il faut qu’on accepte de débattre ce problème. Dans mon discours d’ouverture du festival, j’ai posé des problèmes de formation, je n’ai pas voulu dire l’Institut Supérieur des Arts de Guinée mais il y a un problème de formation au métier des arts et de la culture.

 


En formant les personnes, l’Etat doit prendre ses responsabilités de doter les professionnels de la culture, d’infrastructures, de maisons de jeunes, de centres culturels dans les régions et préfectures. Prévoir un budget de financement de la culture au niveau des préfectures et des régions. On ne peut pas parler de promotion de la culture, s’il n’y a pas de budget. On doit inscrire le financement de l’action culturelle dans le budget national de développement parce que dans tous les pays, ça se passe comme cela. Il faut que l’Etat accepte d’accompagner les gens dans le cadre de la formation, la création, de la diffusion, de la protection du patrimoine et même de la communication. Donc voilà, vous me parlez de l'ISAG, en fait, c’est une goutte d'eau dans une grande marre qui s’appelle secteur culturel.

 

Justement, la première promotion de l’ISAG sortira le 30 juin prochain après avoir passé cinq années d'études. Votre réaction ?
(Rires) Ma réaction, c’est tout ce que je viens de dire. Je ne connais pas le cas des étudiants qui sont dans les départements de cinéma et autres, mais pour le département d’art dramatique, leur sort m'inquiète beaucoup. Ils vont terminer leur cycle, soutenir et avoir leur diplôme afin d'avoir un premier emploi. Mais, est-ce que cela est possible au niveau du secteur de théâtre, c’est tout le problème. On parle d’administration des institutions culturelles, y a t-il des structures culturelles dans lesquelles on peut travailler en Guinée? Je me demande qu’est-ce qu’est qu’ils vont faire. Nous aussi, nous faisons du théâtre mais parallèlement, on s'occupe d'autres choses. Nous ne sommes pas formés comme étant des acteurs de théâtre, c'est par passion et amour que nous sommes arrivés au théâtre. Mais, est-ce que ces étudiants qui ont étudié le théâtre à l'ISAG peuvent mieux parler ou pratiquer cet art que nous. On se pose la question. Où vont-ils travailler? Il n'y a pas d'infrastructures culturelles en Guinée pour accueillir ces jeunes. Pour dire vrai, il n’y a même pas de programme de formation au métier des arts et de la culture en Guinée. Ces étudiants ne peuvent même pas être des formateurs au niveau du collège.

Que pensez-vous alors de monsieur Siba Fassou, Directeur Général de l'ISAG, qui est quelque part responsable de la création précipitée de l'institut?
Oui, monsieur Siba Fassou est un professionnel du théâtre en particulier et de la culture en général. Mais ce n’est pas monsieur Siba qu’on voit mais plutôt l’Institut Supérieur des Arts de Guinée qu’on voit ici. Aujourd’hui, il est vrai qu’il est le Directeur Général mais l’institut relève du ministère de l’Education Nationale et de la Recherche Scientifique. Ce département devait réfléchir sur toutes ces questions et prendre des décisions. Ce n’est pas monsieur Siba de le faire à leur place. Franchement, le cas de l'ISAG devrait être réglé par les départements de l’Education, de l'Economie, des Finances et celui en charge de la Culture etc. Cela devrait être un problème du gouvernement guinéen afin de garantir un meilleur cadre à ces étudiants après leurs études. La réflexion devrait être à ce niveau. Aujourd'hui, il ne sert à rien d'accuser Paul ou Pierre, le mal est déjà là, il faut chercher à le guérir et le plus tôt que possible.

 

Si on vous consultait avant la création de l'ISAG, quelles solutions proposeriez-vous aux décideurs?
C’est cette question qu’on devrait se poser à la création de l’Institut Supérieur des Arts de Guinée. Cinq ans, c’est vrai mais on pouvait faire autre chose pendant que ces étudiants apprenaient, réaliser des infrastructures culturelles. Ils pouvaient travailler dans des maisons des jeunes, des centres culturels et devenir des animateurs culturels. Est-ce qu’il a eu cette réflexion avant la création de l’ISAG ? Voila ces différentes questions que je me suis posée. En cinq ans, on pouvait réaliser au niveau des régions, préfectures et les 5 communes de Conakry, des centres culturels pour qu'à la sortie de l’Institut Supérieur des Arts, ces étudiants puissent travailler. C’est le même cas que pour l’école nationale des sports.

 

Aujourd’hui, l’institut est confronté à un sérieux problème de formateurs et le directeur général a coutume de dire que la Guinée ne regorge pas de cadres compétents dans le domaine des arts. Qu'en dites-vous?
(Rires) il peut le dire ainsi. Mais si on crée un institut, c’est qu'on a la possibilité de faire venir des formateurs. Il fallait d'abord former les formateurs ici ou ailleurs dans toutes les filières ou options qu'on retrouve au niveau de cette institution avant de créer l’Institut Supérieur des Arts de Guinée. Mais, on a mis les charrues avant les bœufs et maintenant, on récolte les mauvais fruits du travail précipité. C’est un hasard et dans la précipitation que cet institut a été créé. Il faut qu'on se dise la vérité.


 
Seriez-vous un jour disponible à donner des cours ou animer des conférences à l'ISAG?
Sur le plan culturel, je suis prêt à donner des cours en marketing et en administration culturelle parce que j’ai créé une agence culturelle qui a de l'expérience et un savoir faire sur le terrain. Il faut expliquer aux étudiants comment créer, gérer et organiser un évènement culturel et je ne suis pas le seul à pouvoir le faire. Il y a Amine Touré, Abdoulaye Diallo, Djéssira Condé qui peuvent aussi dispenser ces cours. Même nos jeunes assistants peuvent aussi participer sur le plan pratique en donnant des conseils à ces étudiants concernés. Pour dire vrai, il sera difficile pour moi de donner des cours mais je suis disponible à animer des conférences sur mon expérience théâtrale et je crois que c’est important.

 

Les artistes et hommes de culture sont confrontés depuis belles lurettes à d'énormes problèmes financier et matériel sur le terrain. Croyez-vous que la création d’un département en charge uniquement de la culture est une des solutions?
Oui, je crois que c’est une des solutions et il faut le faire maintenant. Dans le cas contraire, c’est de renforcer la direction nationale de la culture. Il faut que les autorités aient toutes les informations possibles pour savoir le bien fondé de la création d’un département exclusif de la culture. Nous sommes dans un pays où la culture est fortement présente et il faut la création de ce ministère pour régler les problèmes énormes qui se posent aux secteurs culturels guinéens dans les domaines de la formation, la diffusion, la création, la promotion, la communication et surtout la diffusion à l’étranger car nos produits culturels ne sont pas très diffusés hors de nos frontières. Une fois de plus, j’insiste sur le rôle des conseillers culturels dans les ambassades. Ces derniers doivent participer activement à la promotion culturelle de la Guinée. J'ai même proposé l’instauration ou l’institutionnalisation d’une semaine culturelle à chaque année dans toutes les représentations diplomatiques de la Guinée à l’étranger. Cela nous permettra d'exposer nos produits culturels devant ces étrangers qui veulent venir chez nous. Sur le plan des percussions, on reçoit plusieurs stagiaires, européens, américains, asiatiques qui viennent apprendre le djembé chez nous et je crois qu’il faut aussi faire l’inverse leur montrer notre diversité culturelle. C’est vraiment important si nos autorités pouvaient entendre ce cri de coeur et créer un département en charge de la Culture et rien d'autre que la Culture.

 

Que pensez-vous de la nomination d'Ansoumane Djéssira Condé à la tête de la direction nationale de théâtre ?
Je suis très content pour lui. Ansoumane Djéssira Condé est un metteur en scène professionnel. Il a aimé ce métier comme nous, on vient presque de la même école et on a suivi le même itinéraire. Si on lui donne un budget, il pourra travailler et même révolutionner le secteur. J'ai confiance en lui et même les yeux fermés, il peut faire un travail remarquable. Mais sans budget conséquent, cela ne sera pas possible.

 

Maintenant, parlons de votre fonction de directeur général de l’Office Guinéen de Publicité (OGP). Comment les activités et les problèmes publicitaires se passent chez vous ?
Tout se passe bien depuis notre arrivée à l’OGP. Nous sommes entrain de mettre en place des procédures pour que le secteur publicitaire guinéen marche très bien. Quand j'ai pris fonction, mes collègues et moi avons élaboré une réglementation de la profession qui n’existait pas. Il faut que le secteur soit plus sécurisé, c’est ce qu’on a fait et proposé au département d’en faire une loi. Nous allons organisé un atelier de validation de cette réglementation peut être ce mois-ci pour que tous les acteurs de la publicité et les départements concernés puissent s'approprier du contenu de la réglementation et réagir pour que le document qu'on va sortir soit un document consensuel. Nous sommes entrain de travailler sur l'assainissement du réseau affichage et nous avons de nouveaux types des panneaux que vous êtes entrain de voir en ville. Au fur et à mesure, on va les mettre et on va enlever les anciens .Nous sommes tenus d'agir de cette manière, nous sommes des commerciaux et on ne peut pas être trop agressif par ce que nous vivons grâce à ces partenaires là. Nous mettons des procédures en place pour que le secteur publicitaire guinéen soit sécurisé et rentable car on bénéficie du soutien du département. A la radio comme à la télévision, nous nous organisons pour ne pas que les espaces soient saturées, qu’on puisse avoir 4 ou 5 minutes de publicité avant chaque tranche horaire. A l'interne, on a tout changé. Quand on évolue dans une structure de communication, il faut tenir compte de l'environnement. On a mis les travailleurs dans les conditions idéales de travail. Nous avons demandé au département qu’on allait procéder à un bouleversement au niveau de l’office et c’est ce qui a été fait. Aujourd’hui, nous sommes fiers même si on quittait. Nous sommes fidèles à notre plan de développement de l’entreprise qu’on appelle ''le cap 2010'' qu'on a élaboré depuis notre prise de fonction en 2006 et nous comptons poursuivre. Dans le cas contraire, d'autres continueront à le faire. Je pense qu’il faut organiser le secteur même l’établissement des professionnels de la publicité. Il ne faut pas que les gens viennent s’installer. Nous avons 8 à 9 dossiers de demande d’agrément qu'on on a fini de traiter. On va les retourner au cabinet du ministère de la Communication pour donner des agréments officiels à ces agences pour exercer dans notre pays. Ce n’est pas n’importe qui peut créer une agence pour aller demander la gestion d’un budget pour une entreprise. S’il n’est pas professionnel, il va mal gérer l’entreprise et n’aura pas les résultats escomptés sur le plan de la communication parce qu’un conseiller à la communication est comme un médecin, un avocat. Il faut maîtrise et connaisse le métier.

Malgré ces efforts et innovations indiqués, certains opérateurs économiques et culturels trouvent vos tarifs exorbitants sur les ondes des médias publics ?
Sur ce plan publicitaire, on est le pays le moins cher et nous sommes dix fois moins cher que les autres. En Côte d’Ivoire par exemple, le prime time de 20 heures, c’est trois cent mille (300.000) FCFA à multiplier par dix (10) jours, vous êtes à trois millions. Chez nous, c’est deux cent cinquante mille (250.000) francs guinéens. Faites vous-même le calcul. Aux organisateurs des spectacles, nous avons pris la décision de faire 30 pour cent de réduction sur tous les prix. Et même ça, on ne le respecte pas, je suis un homme de culture donc ils savent comment ça se passe depuis que je suis là. Tout le monde fait la publicité maintenant et on ferme les yeux sur un certain nombre de choses. Ils veulent plusieurs diffusions et ils n’ont pas un gros budget. Nous sommes des conseillers à la communication et les opérateurs culturels et organisateurs de spectacles savent que depuis je suis là, ils font plusieurs publicités pour leur manifestation.

 

Etes-vous marié ?
Je suis marié à une femme et père de trois enfants, deux filles et un garçon.

 

Aimeriez-vous parler d’un sujet que nous n’avions pas abordé ?
Je crois qu’on a touché tous les points, surtout les deux domaines qui m’intéressent aujourd’hui. La communication et la culture.

 

Votre mot de fin ?
Je vous remercie beaucoup, je pense que c’est le travail d’un bon journaliste, d'aller à la source, chercher ou demander des informations. Je suis à la disposition de toute la presse. En fait, c’est que nous faisons à l'agence culturelle Festi-Kaloum et aussi à l’Office Guinéen de Publicité. Merci.

 

Propos recueillis par Aly Léno
Pour la radio-kankan.com
Tel:(+224) 60 47 01 92
aly_leno21@yahoo.fr

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