Politique: Interview avec Alapha Condé RPG

- Alapha Condé RPG
Interview: Alpha Condé, leader du Rassemblement du Peuple de Guinée (RPG) ?On ne peut m?empêcher d?aller aux élections?
Alpha Condé :
Vous savez, moi, je sais que mon casier judiciaire était vierge jusqu?à mai 2003. La preuve, le Premier ministre avait convoqué les responsables du RPG pour dire que je peux aller aux élections sans problème. C?est en mai 2003, lorsque certains extrémistes ont vu la percée du RPG en basse côte que le président de la cour suprême a pris sur lui d?aller fouiller le dossier et de mettre dessus " condamné " en anti datant. Il a fait ça le 17 mai 2003 et il a daté ça en 2001. Cette fois je ne me laisserai pas faire. Je suis prêt à poursuivre sur le plan national et international le président de la Cour suprême parce que c?est extrêmement grave qu?un haut magistrat de son niveau fasse un faux. Donc en aucun cas on ne peut m?empêcher d?aller aux élections, à condition que ces élections soient libres, transparentes et démocratiques. Ce qui ne sera jamais le cas avec le président Lansana Conté. Parce que même s?il a 2 % il va dire qu?il a gagné.
Q : Alpha Condé , si vous ne participez pas à la campagne électorale, si vous faites la politique de la chaise vide, est-ce que vous ne risquez pas d?offrir un boulevard au pouvoir actuel ?
R : Nous n?allons pas faire une politique de la chaise vide, nous n?allons pas boycotter. Nous allons imposer des élections transparentes ou pas d?élections du tout.
Q : Cela veut dire des manifestations, que l?opposition descendra dans la rue s?il le faut ?
R : L?opposition utilisera tous les moyens légaux que lui permet la Constitution sans tomber dans l?illégalité pour imposer des élections libres ou pas d?élections, la Constitution nous donne suffisamment de moyens d?actions pour cela.
Q : Donc en faisant appel concrètement à vos militants, c?est ça ?
R : Bien sûr ! Nos militants qui sont prêts à se battre dans la rue et dans les meetings, partout pour imposer le changement
Q : Est-ce que vous envisagez l?hypothèse d?un coup d?Etat ?

- Le Journal Républicain
R : Moi, je n?envisage rien du tout, mais on peut ne pas aimer la pluie, mais on ne peut pas empêcher la pluie de tomber. En ce moment, on prend un parapluie. La situation de blocage que le président est entrain d?imposer au pays a des chances d?aboutir à un coup d?Etat nécessairement si cette situation de blocage continue. Puisque c?est l?armée seule qui détient la force matérielle. Et le président Conté nous conduit tout droit à un coup d?Etat. Mais nous, nous ne voulons pas de régime militaire. C?est pourquoi nous avons dit si jamais il y a un coup d?Etat nous exigerons un gouvernement d?union nationale de transition, non pas un gouvernement militaire.
Q : Un gouvernement où il y aurait côte à côte des militaires et des civils ?
R : Un gouvernement qui ne doit pas dépasser 12 mois, où il y aurait tous les partis politiques, la société civile, etc., et dont les membres ne pourront pas être candidats aux élections. Un peu comme ça s?est passé au Niger.
Q : Le scénario Wanké au Niger ?
R : Oui ! C?est à dire vous avez un gouvernement d?union nationale et où les membres du gouvernement ne pourraient pas être candidats.
Q : Mais c?est dangereux, Alpha Condé ! ça peut aussi être le scénario Robert Gueï !
R : Mais nous ne sommes pas responsables ! Nous, nous avons demandé que la Constitution soit respectée et qu?il y ait des élections libres et transparentes. Donc s?il y a blocage ou s?il y a affrontements, c?est le pouvoir seul qui est responsable. Mais nous sommes déci-dés à ne plus accepter qu?un autre militaire nous impose une dictature. Donc il est exclu que le peuple guinéen accepte aujourd?hui le scénario à la Gueï
Q : Est-ce que la maladie de Lansana Conté est l?un des paramètres de votre réflexion actuelle ?
R : C?est évident ! Personne ne souhaite la maladie à son prochain, mais il est évident que le président est aujourd?hui dans un tel état de santé que personne n?imagine qu?il puisse être candidat dans un Etat normal.
Q : Alpha Condé, huit mois après les accords de Marcoussis, comment analysez-vous la situation chez votre voisin ivoirien ?
R : Vous savez, je ne peux simplement émettre que des souhaits. Le souhait c?est que l?ensemble des forces patriotiques de Côte d?Ivoire se donnent la main et fassent en sorte que le pays fasse son unité et reprenne sa marche en avant.
Q : On vous sent très prudent dans vos propos. Vous êtes un ami politique de longue date de Laurent Gbagbo. Est-ce que vous le soutenez dans son bras de fer avec les forces nouvelles ?
R : Mais je suis un ami de Laurent Gbagbo et je soutiens son pouvoir légitime, mais cela ne m?autorise pas à m?ingérer dans les affaires intérieures de la Côte d?Ivoire. Tout le monde sait que Gbagbo est mon ami, que je le soutenais, que je le soutiens. Mais je n?ai pas à porter d?appréciation ni sur ceux qui sont au pouvoir ni sur les gens des forces nouvelles, etc.
Interview réalisée par Christophe Boisbouvier (RFI)









