Grande interview de Aladji Touré de Radio Kankan.com « Je suis un homme qui veut avoir, puis partager »

 

Aladji Touré est concepteur et propriétaire du site Radio Kankan.com. Un site grâce auquel beaucoup de journaux guinéens ont aujourd?hui les moyens de se faire lire aux quatre coins du monde par le truchement de l?Internel. Férule des NTCI, prodige et généreux, ce jeune pétri de talent n?oublie pas son pays bien qu?il vive loin de ses frontières depuis plus d?une décennie. Une de ses grandes qualités est d?avoir toujours accepté de communiquer son savoir faire aux autres. Par là, il fait la fierté de sa génération, demeure un symbole de référence pour les générations montantes. Nous l?avons rencontré et il nous a livré ses sentiments. Un entretien sans tabou.

 

Sud économie : Pour nos lecteurs, qui est Aladji Touré?

Aladji Touré : Je suis tout simplement un Guinéen, né à Kankan. A l?école, j'ai fait mes premiers pas à l?école primaire Dramé Oumar (kankan badala,) puis le collège Somory (Kankan). Je ferai un bref passage au Lycée Dixin Port avant d´être transféré au Lycée Bonfi de Conakry où je passerai les deux bacs et le concours d´entrée à l´université. A Conakry, j'étais à la faculté de Droit et des Sciences économiques et de Gestion. Pendant deux ans, j' habitais au sein du campus universitaire, au bâtiment Gomba précisément.

 

J?y aurai des amis et connaîtrai des grands professeurs comme Docteur Sow, Salifou Sylla Lamine Sidime et Docteur Kaba Dollars avec Alouseny Bah comme chef de département. Après ce temps de grands souvenirs, je prends le chemin de l´aventure à la recherche de la connaissance ou une meilleure condition de vie qu´on croit toujours trouver ailleurs. Cette aventure me conduit dans beaucoup de pays européens avant que je sois accepté en Allemagne.

 

C?est là que je découvre le monde informatique grâce auquel je suis devenu ce que je suis aujourd´hui. Mais cela ne serait pas possible si je n?avais pas rencontré un ami, Docteur Dirk Eichler qui a fourni assez d´efforts pour m´apprendre ce que je ne pouvais jamais voir en classe. Grâce à l?appui de Docteur Dirk Eichler, je suis devenu concepteur de site Web, administrateur, animateur, dépanneur de tout ce qui est Web service etc. Cette profession m?a permis de gagner ma vie et de créer ce qu?on appelle aujourd?hui la www.radio-kankan.com

 

Sud économie : Depuis quand vous êtes hors de la Guinée?

Aladji Touré : Il y a plus d´une dizaine d'années que je vis à l?extérieur de la Guinée. Mais en réalité je n?ai jamais quitté ce pays et je ne le quitterai jamais. C´est l´une des raisons principales que j?ai refusé la nationalité allemande car je veux rester guinéen partout où je suis. En aucun cas, je ne renierai à mes origines, je garde ma nationalité en moi comme une matière précieuse que je dois exhiber avec fierté.

 

Sud économie : Pourquoi avez-vous choisi l'Internet pour faire passer vos idées?

Aladji Touré : Non ! C´est le hasard qui a fait que je sois connu à partir de l?Internet, principalement le site Radio-kankan. Sinon, il y a 5 ans, j´avais demandé le site de journal Sanakou d?être son correspondant sportif. A l?époque, je n´avais pas de site. Quand on aime quelque chose, on doit le faire bien. J´ai fourni beaucoup d´efforts pour apprendre l´informatique par ci et par là. Suivre à la fois la formation, apprendre auprès des personnes privées, participer à plus de 100 forums et séminaires informatiques par an avec mes propres moyens. Voilà un peu ce j?ai dû batailler avant d?en arriver là. Avant la Radio-kankan, j´avais écrit plusieurs articles et réalisé des interviews en anglais et en allemand pour des journaux culturels. J´ai été même rédacteur pendant 6 mois de Reggae-magazine.

 

Sud économie : Récemment, vous avez offert des sites à la presse guinéenne. Pourquoi?

Aladji Touré : Si vous avez lu ma dernière interview avec le journal Sport-Plus, vous trouverez que j´avais dit que j´invite tous les Guinéens à partager avec moi, ce que j´ai appris et que je me sens bien avec mes compatriotes pour partager ce bien précieux. C´est ma conscience qui me guide et je suis un homme qui veut avoir, puis partager. Cela est aussi la définition de Internet. S?il n? y a pas assez de sites Web en Guinée, probablement les grandes industries électroniques ne seront pas intéressées à notre pays.

 

Dans le monde d?aujourd´hui, les entrepreneurs font peu de déplacements. Tout est réglé à partir de l´Internet. Comme vous le savez avec Internet le monde est devenu un village . En plus, j´avais fait aussi un voyage en Guinée au mois de mars-avril dernier où j´ai eu des contacts avec la presse guinéenne. Donc, j´avais dit à Abdoulaye Diallo du journal le Populaire, actuel vice-président du bureau l´AGEPI que je suis prêt à aider la presse d´avoir ses propres sites d´Internet.

 

Des journaux comme l?Observateur ou la Nouvelle Tribune ont vite compris. Donc, aujourd´hui, je suis content qu´il y ait beaucoup de journaux sur Internet et la réalité de mon pays est visible. Je n´ai plus besoin de dire à un Allemand ou à un Français où se trouve mon pays sur cette terre en citant les pays comme Sénégal ou le Mali sur la carte d´afrique. Jeprofite de l´occasion de remercier toutes les personnes de bonne volonté qui sont aujourd´hui hébergées. Ces gens font une fierté pour les Guinéens de l´extérieur.

 

Dans les prochaines années, je vais améliorer leurs sites en fonction de leur évolution. Donc, en un mot, j´ai voulu tenir ma promesse, augmenter le nombre de connectés en Guinée, et je veux aussi avoir des clients qui seront intéressés. Donc, ce n´est pas seulement la presse mais toutes les entreprises qui souhaiteraient faire la promotion de leurs produits pour attirer les bailleurs de fonds vers le pays. Bref, en tout ce qui est ce web-service, nous sommes prêts à offrir nos services.

 

Sud économie : Vous éditez un site Radio Kankan, qui diffuse des émissions numériques et vous animez un journal, Diaspora Magazine. N'est ce pas trop ?

Aladji Touré : Non, nous sommes une équipe dynamique très jeune qui a la force et l´envie de travailler. Donc, je pense qu?il n?y a pas de problèmes pour cela. En plus, je dispose un certain nombre d´avancées techniques qui me permettent de faire tout et très rapidement à l´aide des logiciels sur Internet qui évolue chaque mois. Si vous voulez, je suis quelqu´un qui est à la recherche des performances techniques sur Internet et je les aime bien, surtout quand elles sont toutes nouvelles.

 

Sud économie : Pourquoi ce dévouement pour la promotion des activités juvéniles et culturelles?

Aladji Touré : (Rires) Pourquoi ? C´est comme si vous demandez à un père pourquoi il aime tant son fils. C´est une question très importante, et ma réponse est très claire. Dans un premier temps, je suis mélomane confirmé de la musique guinéenne ! En plus, je sens les sons à partir de mes nerfs et pour qu´un pays soit prospère, il faut que les fils de ce pays mettent l´intérêt général en priorité avant leur propre intérêt comme le Burkina Faso ou le Mali d´aujourd´hui. La musique guinéenne conserve des secrets pour le vrai développement de la culture guinéenne, nous avons fait l´expérience. Il y a vraiment un moyen réel pour faire développer la musique guinéenne. Elle est la seule matière qu´on peut exploiter sans l´aide des Européens. Actuellement, il y a des studios d´enregistrement partout à Conakry. Plus besoin de la Côte d´Ivoire ou du Sénégal. Cela montre le côté positif pour l?avenir de la musique guinéenne.

 

Quelles ambitions avez-vous, dans le futur, en Guinée?

Voila une question vague. Mes ambitions sont énormes car mon souhait est que l´Afrique soit développée comme l?Europe ou les Etats-Unis. Par là on sera respecté partout, que les présidents africains continuent d?attendre l´aide internationale, que les politiques continuent à croire l´Occident ! Moi personnellement, je ne crois plus au miracle, ils ne sont pas encore arrivés à régler les problèmes de quelques immigrés installés chez eux. C´est à l´Afrique qu?ils vont aider ? Je ne le crois pas, je pense on doit voir la réalité en face. Nous devons nous donner la main. La vie en

 

Europe devient de plus en plus difficile pour les africains, cette année nous avons été brûlés, insultés, frappés, emprisonnés, rapatriés et devant les caméras du monde. Une ne vraie honte pour l´Afrique. Pour beaucoup d´immigrés de mon milieu la priorité est de retourner chez nous on est bien que chez soi. Donc, pour réaliser ce rêve je me suis fixé un objectif qui consiste à construire un pont entre Afrique et le reste du monde pour ne pas être égoïste car le guinéen est partout dans le monde et plusieurs personnes peuvent avoir les mêmes idées que moi. J´ai commencé avec la radio-kankan, puis la diaspoara magazine pour ne pas manquer la chaleur de mon pays et surtout ouvrir la voie à d´autres guinéens qui ne sont que des allemands, français, belges, américains etc... Donc, il s´agit des enfants issus de l´immigration.

 

Comment voyez-vous l'avenir de la jeunesse guinéenne d'aujourd?hui?

Mes conseils au jeune guinéen est de se calmer, voir la réalité dans le monde surtout aller à l´école, travailler, aider les parents à tout moment. Je sais que beaucoup veulent venir en Europe. C´est bon de voyager mais si tu arrives dans un pays, il ne faut pas se faire perdre. Mets toujours dans ta tête que tu connais le chemin de retour. Ainsi,l´avenir de la jeunesse est conditionné par le sérieux dans le travail et dans l´unité nationale , le patriotisme est le seul moyen pour atteindre un développement durable, je vis a l´extérieur depuis un bon moment donc si je ne paie pas l'impôt, ma propre femme qui est allemande s´énerve contre moi car elle sait bien depuis son enfance que c´est pas bon pour son pays. Une vérité valable dans tous les pays développés. Donc, il n?y a que nous qui pouvons aider notre pays malgré la difficulté économique.

 

Quel conseil vous pouvez donner aux jeunes qui veulent s'intéresser aux nouvelles technologies de l'information.

Je dois leur dire que c´est la solution. Nous vivons dans un monde électronique actuellement. Ils ne doivent considérer ni la dépense ni l´effort fourni pour apprendre l´informatique malgré les problèmes électriques et connexions. Ils doivent profiter à tout moment pour apprendre car ça va vite. Les blancs sont très malins. Ils ont déjà inventé tout et ils attendent le circuit commercial pour lancer leur marchandise. Les exemples sont énormes. Le plus ressent est le téléphone portable. Nous avons commencé par les grands formats puis les tout petits avec musique.

 

Aujourd´hui, ils existent avec des images. Donc, c´est le même scénario avec l´Internet. Dans des pays comme le Rwanda, le gouvernement a fait de sérieux efforts et cela se voit par l´investissement et la croissance économique malgré un passé douloureux, donc on ne peut que travailler, oublier les considérations ethniques avoir l´amour du pays, c´est d´ailleurs l´une des raisons principales que je ne condamne pas l´exil car ça apprend à réfléchir, à aimer son pays natal, sa couleur d´origine, sa religion, et sa manière de vivre selon la tradition.

 

Sud économie : Votre dernier mot

Aladji Touré : Pour le moment, je suis satisfait et soulagé de la présence de plusieurs sites guinéens sur l´Internet, une chose qu´on n'a pas pensé et cela peut évoluer. Je souhaite aussi que cela soit utilisé à bon escient. C'est-à-dire, pas de diffamations mensongères, ni atteinte à la vie privée et autres etc.?. En réalité, je suis convaincu que les guinéens de l´extérieur commencent à comprendre que le retour au pays est bien mais investir dans les secteurs comme informatique, musique, mode et éducation sont nos priorités. J´ai eu l´occasion d´écouter beaucoup de guinéens au téléphone dans le monde et je vous rassure qu'il y a des géants très engagés à suivre notre chemin. Enfin, je remercie les nombreux visiteurs de la radio-kankan pour dire que mes idées imaginatives sont devenue réalité grâce à la belle musique guinéenne qui réveille et donne espoir. Je ne manquerai pas le remerciement à ces nombreuses vedettes guinéennes qui nous ont donné ce que nous avons toujours manqué. Elles doivent garder l´espoir et opté pour le professionnalisme. A la jeunesse de prendre courage et de se protéger contre la maladie et surtout d'oeuvrer pour un lendemain meilleur en guinée dans la couleur de l´unité nationale.

 

Interview realisé par Alfa amir

Directeur de la publication

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